Un Français sur deux ressent une angoisse croissante face à ses dépenses, tandis que 42% affirment avoir déjà dû choisir entre l'achat de nourriture et de produits d'hygiène. Des éléments tels que le gel douche, le dentifrice ou les protections hygiéniques se transforment-ils en articles de luxe? Un sondage réalisé par Ifop pour l'association Dons Solidaires révèle qu'environ 4 millions de Français renoncent à ces produits essentiels faute de moyens. « Une fois, ma fille avait ses règles, mais je ne pouvais pas lui acheter de serviettes, alors j'ai déchiré un vieux T-shirt et je lui ai dit de faire avec ça jusqu'à ce qu'on trouve une solution », confie Nora, 48 ans, une mère célibataire vivant à Montreuil.
Cette situation n'est pas un cas isolé. Une étudiante réalisée en novembre 2025 a montré qu'une femme sur dix a recours à des alternatives peu coûteuses pour les protections menstruelles, alors que 60% des familles monoparentales, comme celle de Nora, limitent leurs achats d'hygiène pour des raisons financières. Cela contraste avec 43% des Français en général.
« C'est frustrant de se priver, de travailler juste pour payer ses factures et acheter de la nourriture », explique Radia, assistante dentaire à Saint-Denis, mère célibataire de trois enfants. Malgré un salaire mensuel de 1500 euros, elles doivent faire des sacrifices. « J'ai dit adieu au maquillage et aux soins de beauté. Je préfère que mes enfants aient à manger », affirme-t-elle, ajoutant que pour changer les couches de ses plus jeunes, elle utilise uniquement de l'eau et du savon, faute de pouvoir se permettre des lingettes.
Le rapport de l'Ifop souligne que de nombreux travailleurs précaires partagent cette réalité difficile, avec 50% s'inquiétant pour leurs finances et 42% devant choisir entre nourriture et produits hygiéniques. L'absence de ces produits affecte également leur vie sociale, 46% d'entre eux perdant confiance en eux et un tiers se renfermant chez eux.
À Aubervilliers, Yamina Bouadou, directrice des Restos du Cœur, observe cette détresse, surtout chez les personnes âgées en quête de couches pour adultes, un produit coûteux en grande surface. « Ces personnes qui ne se sentent pas propres n'osent plus sortir », résume-t-elle. Gélese, mère de quatre enfants, doit également faire face à cette vulnérabilité. « Je suis très coquette », confie-t-elle, mais, sans emploi actuellement, elle a renoncé au maquillage et aux soins. Elle fabrique désormais sa propre lessive avec « du savon et du bicarbonate » et enseigne à ses adolescentes à réaliser leur déodorant fait maison, « à la pierre d'alun », à la fois économique et sans produit chimique.







