Depuis le début du conflit, l'Iran, déjà affaibli par les sanctions, fait face à une colère considérable, se traduisant par d'immenses manifestations populaires. Cinq semaines après les premiers bombardements, la situation économique s'est dramatiquement détériorée.
Les augmentations de prix sont frappantes, affectant tout, des produits de première nécessité aux repas dans les cafés chics de Téhéran. Amir, un habitant de la banlieue, témoigne que le prix du pain de mie a grimpé de 700.000 à 1 million de rials (environ 0,75 dollar), illustrant l'impact immédiat du conflit sur les biens de consommation.
L'angoisse est palpable lorsque l’on écoute les récits des personnes touchées par la guerre. Un ami d'Amir a dû débourser 180 millions de rials pour un médicament anticancéreux, un coût colossal comparé aux trois millions d'avant les attaques américano-israéliennes. "Et il doit en acheter un tous les 20 jours", déclare-t-il, montrant à quel point les soins de santé sont devenus inaccessibles.
Kaveh, un artiste de Téhéran, observe quant à lui l’augmentation soudaine des tarifs dans son café de quartier, avec une hausse de 25% en l'espace d'un jour. Même dans des régions traditionnellement approvisionnées, une femme de 50 ans rapporte que certains produits coûtent trois fois plus cher qu'auparavant.
La banque centrale a récemment introduit un nouveau billet de dix millions de rials, un signe inquiétant d'une dévaluation monétaire qui souligne l'ampleur de la crise. Selon des experts, cette dépréciation est l'une des principales causes des manifestations qui ont ébranlé le pays, déclenchées par des grèves dans le bazar historique de Téhéran.
Les répercussions de la guerre se sont soldées par une élévation de l'inflation et une flambée du chômage, avec des entreprises fermant leurs portes, laissant de nombreux travailleurs dans l'incertitude. Les bazars affichent désormais des horaires réduits, et le secteur du bâtiment fait face à de nombreux licenciements, notamment parmi les travailleurs afghans.
"Quand la guerre a commencé, les opportunités d'emploi se sont asséchées", explique Faizullah Arab, un jeune peintre au chômage qui se dirige vers l'Afghanistan après un séjour à Téhéran. Sa situation n'est pas isolée, comme le souligne son compatriote Walijan Akbari, qui souligne que beaucoup d'employeurs ont quitté le pays.
Ceux dont le travail échoue à l'ère numérique souffrent également : les coupures de connexion imposées par le gouvernement ont gravement nuisé aux entreprises en ligne. Une femme de 35 ans dans le secteur financier a exprimé son inquiétude : "Les licenciements massifs et les fermetures d'entreprises, c’est sidérant".
Les frappes aériennes sur les secteurs de la sidérurgie et de la pétrochimie promettent de laisser des marques indélébiles sur l'économie.
Un inquiétant constat a été fait par Adnan Mazarei, ancien cadre du FMI, notamment au sujet du système bancaire. Bien que les opérations de base continuent, des limites ont été instaurées pour éviter les retraits massifs. "Avant même le début des hostilités, le système bancaire était déjà en difficulté", rappelle-t-il.
Le cas d'Ayandeh, une des plus grandes banques privées d'Iran qui a fait faillite à la fin de 2025, illustre la fragilité du secteur, avec des pertes estimées à 5,2 milliards de dollars. Mazarei anticipe d'autres faillites à l'horizon, qui pourraient nécessiter des sauvetages financiers, engendrant une nouvelle inflation.
À la mi-mars, le taux d'inflation en Iran atteignait 50,6%, selon le centre officiel des statistiques, révélant à quel point l'impact des conflits s'étend bien au-delà des dommages physiques.







