Face à la pression exercée par le système tarifaire de TotalEnergies, plusieurs stations indépendantes en Corse se voient contraintes de brader leurs prix pour fidéliser leur clientèle. Cette stratégie devient indispensable dans un environnement commercial de plus en plus déséquilibré.
À l’instar de la station Vito Acquaviva à Calvi, la station Vito de Benista à Porticcio a fait le choix audacieux d'aligner ses tarifs sur ceux du bouclier tarifaire de TotalEnergies, même si cela signifie vendre à perte. Son gérant, Anthony Torre, souligne l'importance de cette décision : « On ne pouvait pas faire autrement » en raison de « la captivité de la promotion Total » qui influence durablement les comportements des consommateurs.
Cet alignement sur les prix du marché a un coût élevé. « Aujourd’hui, chaque litre vendu est un litre qui nous coûte », déclare Anthony Torre. La station vend à perte dans l’espoir de ralentir l’exode de sa clientèle. « C’est aussi un plan de survie », ajoute-t-il. Malgré cette stratégie, les résultats sont inconstants. « Les clients reviennent, mais nous ne retrouvons pas nos volumes habituels », remarque-t-il, soulignant « une cassure » dans la fréquentation.
Préserver l’activité et les emplois
Pour Anthony Torre, l’introduction du bouclier tarifaire a bouleversé l'équilibre du secteur : « Ça a déséquilibré totalement le marché ». Avec des prix fixés à 1,99 € le litre de sans-plomb et 2,09 € pour le gazole, les stations indépendantes se battent pour rester compétitives sans sacrifier leurs marges. Cette situation précaire pourrait perdurer. « Nous savons que, si nous restons inactifs, nous sommes perdants », admet-il, persuadé que l’enjeu est de conserver à la fois les emplois et l’activité. Bien qu'il emploie six salariés, il espère maintenir ces postes malgré les pertes. « C’est notre seule solution pour préserver notre commerce », conclut-il, reconnaissant que cette option est nécessaire.
Anthony Torre estime que l’ampleur de la crise n’est pas suffisamment reconnue. « Je pense qu’ils n’ont pas pris la mesure de la situation ; il n'y a pas encore de prise de conscience générale », déplore-t-il. Les fermetures potentielles et la menace de pertes d’emplois se font sentir. « Aujourd’hui, c’est une situation de crise inédite pour nos commerces », résume-t-il. Actuellement, la stratégie repose sur un espoir : la fin du bouclier tarifaire le 7 avril. Passé ce délai, la situation pourrait devenir insoutenable. « Après cela, continuer sera difficile », admet-il, faisant face à un avenir incertain, tout en observant que chaque station adopte sa propre méthode face à cette crise.







