Édito

Les récents débats autour du maire de Saint-Denis révèlent des tensions raciales alarmantes.
Édito
Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, participe à la cérémonie de passation de pouvoir avant la première séance du nouveau conseil municipal à Saint-Denis, le 21 mars 2026. (LUDOVIC MARIN / AFP)

L'élection du maire de Saint-Denis et l'émergence d'un discours raciste

Les récentes attaques envers Bally Bagayoko, le nouveau maire insoumis de Saint-Denis, ont provoqué un véritable tollé au sein de la classe politique et relancé les débats autour des prononcés racistes dans l'espace public. Les événements survenus le 30 mars utilisent ce climat tendu pour mettre en lumière des dérives qui persistent, entre polémiques médiatiques et instrumentalisation politique.

Derrière ces attaques, qui ont été jugées comme "ignobles" par le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, de nombreux élus de gauche, y compris Manuel Bompard et Marine Tondelier, se sont unis dans leur indignation. Bally Bagayoko a même annoncé son intention de porter plainte suite à des séquences diffusées sur CNews, dans lesquelles un psychologue a lié le nouveau maire à une description animale, et Michel Onfray l'a décrit comme un "mâle dominant très tribal".

Bien que CNews démente tout racisme, les préoccupations ont généré une mobilisation d’élus et d’associations qui appellent l’Arcom à sanctionner la chaîne, déjà confrontée à des procédures judiciaires.

Ce nouveau maire a agi comme un catalyseur, libérant une parole raciste dans les médias et sur les réseaux sociaux. Des figures d'extrême droite, dont l'ancien député RN Gilbert Collard, ont exprimé des accusations infondées à son encontre, créant ainsi un climat de peur et de tension.

Le passé raciste refait surface

Le malentendu s'est amplifié lorsque Bally Bagayoko a évoqué sa volonté de désarmer la police municipale, provoquant une tempête d'attaques verbales ressemblant à celles subies par Kofi Yamgnane, un des premiers maires noirs de France, 35 ans auparavant. Celui-ci a partagé son indignation, rappelant les difficiles batailles contre les discours haineux du passé.

Jean-Luc Mélenchon, figure montante de la LFI, a souvent joué avec la racialisation du débat politique, dénonçant une France "rabougrie et raciste" tout en instaurant sa vision d'une "nouvelle France racisée". Cela ne fait qu'alimenter les narrations des complotistes et renforce la stigmatisation de certains élus.

Pourtant, Bally Bagayoko propose une approche différente. Il ne se définit pas par le terme de "racisé", mais comme un "Français héritier de l’immigration", rappelant que dans sa commune, l'identité se joue au-delà de ces étiquettes. Cette volonté de rassembler et d'apaiser ne devrait-elle pas être le modèle à suivre plutôt que de continuer à raviver de vieilles blessures ?

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