Classés sans suite, une plateforme en ligne créée après le tragique meurtre de Lyhanna, annonce qu'elle ne permettra plus aux victimes de violences sexuelles de nommer leurs agresseurs. Cette décision, annoncée jeudi, a suscité un large débat sur le droit des victimes à s'exprimer.
Le collectif à l'origine de la plateforme a expliqué que « nommer une personne dans un témoignage peut exposer la victime à des poursuites, même si les faits ont été signalés aux autorités et qu'une enquête est en cours ». Clémence Andrieux, membre de ce collectif, a souligné que « le témoignage d'une expérience personnelle ne doit pas être perçu comme un jugement », tout en se souciant de la protection des personnes vulnérables.
Classés sans suite a vu le jour peu après la découverte du corps de Lyhanna, une fillette de 11 ans, suite à l'arrestation de Jérôme Barella, accusé de plusieurs agressions. Sur la plateforme, plus de 5.600 témoignages anonymes ont été recueillis en un temps record, révélant des cas d'agressions, de viols et d'inceste.
Eve Simonet, la réalisatrice féministe à l'origine de l'initiative, a décidé de se retirer après avoir été accusée d'agression sexuelle. Jusqu'alors, la plateforme permettait aux victimes d'identifier leurs agresseurs, une possibilité qui était initialement défendue par Clémence Andrieux, qui affirmait à l'AFP que « la présomption d'innocence ne devrait pas s'opposer à la voix des victimes ».
Cependant, des professionnels spécialisés, comme Anne Bouillon, avocate engagée dans la défense des droits des victimes, expriment des réserves : « La justice se passe dans les tribunaux, et il est essentiel de respecter ce cadre », a-t-elle insisté.
D'autres, comme Arnaud Gallais, président de l'association Mouv'enfants, partagent également ces préoccupations. Il témoigne de sa propre expérience en affirmant : « J’ai mentionné le nom d’un de mes agresseurs seulement après son décès, par crainte de représailles ».
La plateforme vise avant tout à « rendre visible l'invisible » et à mettre en lumière les violences sexuelles en France. Clémence Andrieux recommande à ceux qui souhaiteraient partager leur vécu d’indiquer le lieu, l'année et la situation de leur affaire, avec ou sans plainte.
« C'est un espace pour ceux qui n'ont jamais eu leur voix », ajoute-t-elle. Elle souligne que la plateforme sert aussi à démontrer les insuffisances de la justice face aux agressions. Les statistiques du ministère de la Justice en 2023 révèlent que 70 % des plaintes pour viol sont classées sans suite.
Le collectif conclut que « l'anonymat n'atténue en rien la force des récits ». Les faits parlent d'eux-mêmes et illustrent les raisons des classements sans suite.







