La plateforme Classés sans suite, lancée à la suite du triste meurtre de Lyhanna, offre un espace en ligne pour que les victimes de violences sexuelles puissent partager leurs histoires. Toutefois, la publication des noms présumés agresseurs soulève des questions sur la présomption d'innocence.
En seulement quelques jours, plus de 5.600 personnes ont pris la parole anonymement, racontant des agressions, viols et actes d'inceste. Cette initiative a vu le jour peu après la découverte du corps de Lyhanna, une jeune fille de 11 ans, dont le meurtrier présumé, Jérôme Barella, était déjà déjà signalé pour des comportements inappropriés.
Eve Simonet, réalisatrice et fondatrice du projet, a récemment pris du recul après avoir été elle-même accusée d'agression sexuelle. Une situation qui pose des interrogations sur la direction de cette plateforme.
"J'ai subi des faits graves de la part d'un chauffeur de bus", témoigne une habitante de Pontivy. Son récit, comme tant d'autres, inclut des noms.
Clémence Andrieux, membre du collectif derrière cette plateforme, reconnaît la complexité de la présomption d'innocence, mais soutient que la voix d'une victime ne doit pas être muselée. "Nous ne cherchons pas à stigmatiser", assure-t-elle.
Néanmoins, cette approche est controversée. Anne Bouillon, avocate spécialisée dans la défense de femmes victimes d'agressions, ne cautionne pas la méthode. "Exprimer son vécu est essentiel, mais le procès doit se dérouler dans les tribunaux", souligne-t-elle.
Arnaud Gallais, président de Mouv'enfants et lui-même victime d'inceste, partage un avis similaire. Bien qu'il ait révélé le nom d'un de ses agresseurs après sa mort, il est prudent concernant les autres, préférant éviter les représailles.
"C'est une initiative citoyenne pour mettre en lumière la réalité des violences sexistes et intrafamiliales en France", explique encore Clémence Andrieux.
Les témoignages sur la plateforme incluent l'année, le lieu et l'état des poursuites. "Nous savons que beaucoup de victimes ne portent pas plainte", souligne Clémence, offrant ainsi une voix à ceux qui se sont souvent sentis muselés.
Cette initiative vise à révéler les failles du système judiciaire, qui, selon elle, favorise davantage les agresseurs que les victimes. Des données du ministère de la Justice révèlent qu'en 2023, 70% des plaintes pour viol en France sont classées sans suite.
Des femmes partagent des récits déchirants ; l'une d'elles raconte son agression survenue près de son lycée, tandis qu'une autre dépeint son calvaire durant son enfance. Ces voix, souvent ignorées, cherchent à faire entendre leur vérité.
Anne Bouillon fait écho à ce besoin d'espaces d'expression, même si elle rappelle l'importance des principes judiciaires pour éviter toute forme de vendetta ou de dérive.







