Chaque été depuis plus de 40 ans, le Tire-Bouchon parcourt la presqu'île de Quiberon pour désengorger la circulation, une initiative dont certains rêvent qu'elle se pérennise tout au long de l'année, surtout à l'heure où l'État entend relancer les petites lignes.
Dans le calme matinal de Plouharnel, Pierre Le Gourlay s'affaire à son poste, s'assurant que chaque élément de la ligne est en parfait état. Cet agent du service électrique prépare la reprise d'un service très attendu par les habitants et les touristes.
Samedi, le Tire-Bouchon reprendra du service, offrant aux milliers de passagers une traversée magnifique de la campagne morbihannaise jusqu'à Quiberon, à travers un paysage pittoresque.
Ce TER saisonnier, mis en circulation en 1985, a pour mission d’alléger le trafic sur la route unique reliant Auray à Quiberon, une artère dont l'utilisation grimpe en flèche pendant l'été.
"C'est un service indispensable", affirme Michaël Quernez, vice-président de la région Bretagne en charge des transports. Avec ses 27 km, le train effectue le trajet Auray-Quiberon en seulement 45 minutes, alors que la voiture peut y prendre près de deux heures en période de forte affluence.
En 2025, plus de 170 000 passagers ont emprunté le Tire-Bouchon, qui offre jusqu'à dix allers-retours chaque jour en plein été.
- Un enjeu crucial -
Les préparations pour la saison ne se limitent pas aux simples vérifications. Pendant plusieurs mois, une équipe d'agents SNCF, comme Pierre Le Gourlay, s'active à rendre la ligne opérationnelle, un effort que de nombreux habitants espèrent renouveler toute l'année.
"Le rêve serait d'avoir un service permanent, ce qui faciliterait les déplacements des travailleurs et réduirait la circulation routière", explique Claude Le Martelot, membre de l'Union locale CGT d'Auray. Dans ce territoire touristique, les défis de logement pour les employés sont criants.
"Les scolaires aussi ressentent ce besoin : les élèves de la presqu'île se rendent soit à Carnac, soit à Auray. Les transports en commun sont limites", ajoute Stéphanie Grevet, du collectif d'usagers TER Bretagne Sud.
Cependant, les autorités régionales soulignent les contraintes budgétaires : "Ajouter des trains engendre des coûts significatifs... Nos études montrent que la demande n'est pas encore suffisante pour justifier cette expansion", répond-elle.
Bien qu'aucune estimation précise n'ait été avancée pour le coût d'un service permanent, le montant dépendra du niveau de service prévu.
- Moderniser le réseau -
Le Tire-Bouchon est emblématique d'un défi national : la pérennité des lignes de "desserte fine", reliant les zones rurales aux centres urbains. Malgré leur coût d'exploitation, ces liaisons sont jugées vitales pour le tissu économique local.
Actuellement, 70% de ces lignes voient moins de 20 trains par jour, représentant 7 500 km du réseau ferré, contre 2 700 km pour les lignes à grande vitesse.
Pour l'année précédente, le gouvernement a annoncé un projet de loi visant à moderniser ces réseaux, prévoyant une augmentation de 4,5 milliards d'euros par an à partir de 2028.
L'axe Auray-Quiberon, qui sera cette année alimenté en biocarburant plutôt qu'en diesel, permettra de réduire de 60% les émissions de CO2. Une remise à niveau complète est prévue d'ici 2027, avec un investissement de 55 millions d'euros, dont un quart sera financé par l'État.
Interrogé sur la priorité donnée à cette ligne par rapport à d’autres, comme Morlaix-Roscoff qui reste fermée depuis des années, M. Quernez rappelle que la fréquentation joue un rôle clé dans les décisions régionales, car la réhabilitation de Morlaix-Roscoff pourrait coûter jusqu'à 80 millions d'euros selon les estimations locales.







