Pour faire face à son passé, la France a institué une journée commémorative, célébrée le 10 mai depuis 2006, pour honorer la mémoire des esclaves. Pourtant, d'autres dates comme le 23 mai, dédié aux victimes de l'esclavage, ou le 25 mars, Journée internationale en mémoire des victimes de la traite transatlantique, existent également. Curieusement, à Rochefort, aucune cérémonie n'est organisée. Pourquoi un tel vide ?
Le 5 mai 2021, une cérémonie pour le 173e anniversaire de l'abolition de l'esclavage a bien eu lieu, mais c'était à l'initiative de l'association Mémoires et Partages, et non de la commune. Christophe Cadiou, professeur d’histoire au lycée Merleau-Ponty, souligne l'importance de rappeler le rôle colonial de Rochefort. En effet, au XVIIIe siècle, la ville a connu un certain degré d'implication dans la traite, bien que moindre comparativement à des ports comme Nantes ou Bordeaux.
D’origine intellectuelle et historique, l'absence d’une commémoration annuelle à Rochefort pourrait aussi s’expliquer par la volonté de ne pas brouiller les messages autour d'autres périodes historiques significatives, comme les 400 ans de la Marine que la ville fête cette année. Caroline Campodarve, élue et professeur d’histoire, aborde ce manque de commémorations avec nuance : « Même si la ville a eu des navires négriers, l'esclavage n'est pas inscrit dans son ADN. » Elle suggère que le souvenir de l'esclavage pourrait être plus approprié lors d'un événement national en 2028, marquant les 180 ans de l'abolition en France.
Pourtant, l’absence d’hommage soulève des questions. Environ 25 expéditions ayant entraîné l'asservissement de plus de 8 500 Africains sont parties de Rochefort. Ce chiffre pèse dans l’histoire de la ville, et le fait qu'aucune reconnaissance ne soit faite pose problème. « Le souvenir de notre passé doit être gardé vivant », conclut Christophe Cadiou.







