Accélérer le réarmement, c'est l'objectif affiché par les députés qui ont entamé hier les discussions autour d'une loi visant à réactualiser la programmation militaire mise en place en 2023, devenue obsolète face aux récents conflits européens, ainsi qu’aux tensions croissantes au Moyen-Orient.
La ministre des Armées, Catherine Vautrin, a souligné pendant les débats l'importance de "densifier notre effort de réarmement", en se référant aux leçons tirées des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, mais aussi de la crise sanitaire liée à la Covid-19.
436 milliards d'euros d'investissements
Cette proposition de loi, qui déterminera les grandes orientations des forces armées françaises jusqu’en 2030, prévoit un ajout de 36 milliards d'euros pour porter le budget à 436 milliards d'euros. Cela correspondrait à un budget militaire annuel de 76,3 milliards, soit 2,5 % du PIB. Toutefois, cette trajectoire devra être validée chaque automne lors des discussions sur le budget de l'État, ce qui pourrait la rendre vulnérable à des révisions.
Jean-Louis Thiériot, ancien ministre et rapporteur du texte, a noté que cette démarche représente une "actualisation" nécessaire, tandis que les députés de La France Insoumise ont tenté en vain de s'opposer à cette loi, qu'ils qualifient de "mal pensée" et nuisible pour la défense nationale, mettant en garde contre une escalation des tensions.
Un état d'alerte de sécurité nationale
Les discussions ont débuté autour de quelque 700 amendements à examiner d’ici jeudi. Même si le texte ne changera pas la structure des armées, il insiste sur des investissements stratégiques comme les munitions et les drones. Un des ajouts notables est un nouvel "état d'alerte de sécurité nationale", permettant une flexibilité réglementaire en cas de menace grave pour la Nation, une innovation qui soulève des préoccupations à gauche concernant un possible "régime d’exception" aux critères d’activation jugés flous.
Un nouveau service national militaire et volontaire
Une autre disposition permettrait à certains opérateurs, y compris les aéroports, d’utiliser des systèmes de brouillage ou de neutralisation de drones, une responsabilité potentiellement sous-traitée. Parallèlement, le nouveau service national militaire et volontaire, qui a lancé sa campagne de recrutement, a été critiqué par la gauche comme étant inadapté et un moyen de dissimuler les échecs du Service national universel initié en 2019.
Le projet envisage également de permettre l'utilisation d’algorithmes par les services de renseignement pour suivre des données en ligne à des fins de défense et de lutte contre la criminalité organisée.
Le RN dénonce une opération de communication
Les députés socialistes, qui avaient initialement soutenu le projet en commission de défense, estiment maintenant que ces nouveaux crédits ne doivent pas nuire aux services publics. De son côté, le Rassemblement National a exprimé des réserves, critiquant ce qu’ils voient comme une stratégie de communication du président Emmanuel Macron, visant plus à faire passer un texte d’ici le 14 juillet qu’à réellement renforcer les capacités militaires du pays.
Un vote solennel est prévu à l’Assemblée nationale le 12 mai, après quoi le projet sera soumis au Sénat à partir du 2 juin.







