Géopolitique. Une étude britannique décrit une campagne menée par des drones russes depuis 2024, ciblant des sites militaires et nucléaires dans plus d'une douzaine de pays européens.
Il est désormais établi que les incursions de drones russes dans le ciel européen n’étaient ni fortuites ni isolées. Selon une étude de l'International Institute for Strategic Studies (IISS) de Londres, révélée le 2 juillet, la Russie a conduit, entre fin 2024 et début 2026, une campagne coordonnée de surveillance par drones sur plus d'une douzaine de pays membres de l'Otan — incluant le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, et d'autres.
L'analyse met en lumière l'action des services de renseignement russes, qui ont agi avec une "impunité considérable", sans provoquer de réaction coordonnée de l'Alliance. Au total, 144 incidents ont été recensés sur une période d'environ 18 mois. Cette stratégie a permis à Moscou de "cartographier les failles dans la défense aérienne de l'Otan", en identifiant des zones où les radars sont inadaptés pour intercepter des drones lents et peu coûteux. Elle a également permis à la Russie d'exploiter des cadres juridiques où l'interception de drones dans des zones civiles n'est pas toujours possible.
Des installations militaires et nucléaires testées
L'IISS conclut que cette campagne a vraisemblablement été orchestrée par le GRU, le renseignement militaire russe. Des drones ont été lancés depuis des navires commerciaux russes, notamment des pétroliers naviguant discrètement, un phénomène appelé "dark sailing".
Cette opération a ciblé plusieurs sites stratégiques, comme RAF Lakenheath au Royaume-Uni, qui a reçu des armes nucléaires américaines en juillet 2025, ainsi que des installations en France, en Belgique et aux Pays-Bas où sont stockées des armes nucléaires.
Plusieurs incidents liés à ces survols ont été rapportés ces dernières années. Fin novembre 2024, des drones ont survolé plusieurs bases américaines au Royaume-Uni, probablement lancés à partir de navires russes. En septembre 2025, 24 drones ont été détectés dans l'espace aérien polonais, certains abattus par l'Otan. D'autres incidents ont perturbe l'aéroport de Copenhague et entraîné des interceptions par des chasseurs néerlandais.
Les limites des systèmes de défense contre les drones
Les experts analysant ce rapport estiment que l'objectif de cette campagne était d'observer la dissuasion nucléaire de l'Otan tout en testant les réactions des armées européennes. Cette stratégie vise également à induire une pression psychologique sur les pays survolés, se traduisant par une reconnaissance par le combat.
Le quotidien britannique The Guardian souligne qu’aucun drone n’a été abattu, ce qui révèle les limites des systèmes de défense aérienne, principalement conçus pour contrer les menaces conventionnelles.
L'IISS note que ces incursions ont diminué depuis que plusieurs marines européennes, dont la Marine française, ont commencé à intercepter des navires de la flotte fantôme, comme le pétrolier le Boracay, où des employés russes ont été découverts. L'institut appelle donc l'Otan et l'Union européenne à repenser leurs règles d'engagement et à renforcer leurs capacités de lutte contre les drones.







