Des révélations troublantes émergent concernant l'école catholique Saint-Genès de Bordeaux, où des signalements de pratiques douteuses remontent à 2011. Selon les parents d'élèves, des comportements inappropriés de la part d'un enseignant, Gilles Delignac, auraient été mis en lumière, sans que l'établissement ne prenne de mesures strictes.
En mars 2011, une mère avait tiré la sonnette d'alarme, reportant que l'instituteur recevait des fillettes pendant les pauses, leur bandant les yeux pour jouer à ce qu'il appelait le "jeu du goût". Malgré l'alerte, une simple admonestation a suffi à conclure l'affaire sans poursuites supplémentaires. Ce silence de l'administration a conduit, le 25 novembre dernier, à une plainte pour "non-obstacle à la commission d’une infraction" et "non-dénonciation de crime", déposée par l'avocat Me Mathias Darmon, représentant plusieurs parties civiles, dont l'association Innocence en danger.
Les répercussions de telles négligences sont douloureuses et préoccupantes. Dans une lettre retrouvée par les enquêteurs, signée par le directeur de l'école primaire, Pascal Desmet, des inquiétudes sur la gravité des pratiques de Delignac étaient clairement exprimées. Mais aucune enquête plus approfondie n’a été menée auprès des enfants ou des parents concernés.
Aujourd'hui, l'affaire prend une tournure judiciaire, alors que de nombreuses victimes potentielles ont été identifiées. Olivier Riant, l’actuel directeur de l’établissement, a affirmé ne pas avoir été au courant de la gravité de la situation avant l’ouverture de l'enquête. "Ce document prouve que les risques pour les élèves étaient bien connus, mais qu’ils n’ont pas été pris au sérieux", a noté Me Sophie Benayoun, avocate d'autres parties civiles.
Le climat de lâcheté et de complicité qui s'est installé autour de cette affaire est également dénoncé. Les membres de l'administration semblent se renvoyer la responsabilité, créant une atmosphère de méfiance et de frustration parmi les parents. "Ils se renvoient la balle", a commenté un parent d'élève, visiblement consterné par le manque d'action de l'établissement face à des allégations si graves.
Malheureusement, l’ancien directeur, Pascal Desmet, ne pourra pas s’expliquer sur cette affaire ; il s’est suicidé le 26 juin 2023, laissant derrière lui des questions sans réponses. Quelques heures avant son acte désespéré, il avait exprimé dans un message sa culpabilité face aux souffrances infligées à des enfants. Cette tragédie résonne comme un puissant rappel des conséquences tragiques d'un silence prolongé dans des affaires d'abus.







