Un an après l'implémentation de la loi contre le narcotrafic, il est clair que le trafic de stupéfiants demeure actif dans le Var. Néanmoins, il a profondément évolué pour s'ajuster aux nouvelles mesures mises en place par les autorités. Les trafiquants révisent leur "modèle économique" pour minimiser les pertes, témoignant ainsi d'une résilience face à une pression accrue.
Les derniers chiffres illustrent bien cette réalité : en 2025, la police a saisi 237,97 kg de cannabis, et déjà près de 441 kg depuis le début de l'année. Le constat est identique pour la cocaïne, avec 77 kg découverts cette année, comparé aux 83 kg de l'année précédente. Les experts soulignent également une forte augmentation de la circulation d'ecstasy et une résurgence de l'héroïne. « Le trafic de stupéfiants n'a pas disparu, et ne peut pas disparaître tant qu'il existe une demande », a déclaré un expert local.
D'après ICI Provence, des saisies significatives continuent d'être réalisées, notamment en mai dernier où plus de 6 kilos de résine et 17 500 euros en liquide ont été confisqués à la Seyne-sur-Mer. En mars, la police a démantelé un réseau international avec 288 kg de drogue saisis. La décision des trafiquants de réduire la quantité de drogue transportée à chaque fois montre une adaptation aux nouvelles réalités : « Cela transporte toujours, plus souvent sans doute, mais moins à chaque fois », explique Myriam Soula, directrice interrégionale des douanes.
Des changements dans la lutte contre le trafic
Un autre indicateur révélateur de cette évolution est la diminution du nombre de points de deal dans le Var, passant de 35 en 2025 à seulement 13 cette année. Les zones sensibles comme la Gabelle à Fréjus et le Val des Rougières à Hyères restent cependant actives. Le Procureur de Toulon, Raphaël Balland, précise que les trafiquants continuent de gérer ces points : « Même là, ils viennent régulièrement récupérer l'argent ».
La répression des forces de l'ordre, combinée aux nouvelles lois, contribue à ces changements. Par exemple, l'expulsion locative peut désormais être demandée par le Préfet, ce qui a déjà eu des répercussions dans des cas impliquant des familles liées à des trafics. Le Parquet de Draguignan a également engagé des signalements auprès de la CAF pour des mesures correctives dans des dossiers liés au trafic, avec 19 autres en cours d'examen.
La delivery : un nouveau visage du trafic
Les anciens modèles de vente de drogues, tels que les points de deal visibles, sont remplacés par des méthodes plus discrètes et innovantes. Désormais, on parle d'ubérisation du trafic de stupéfiants, avec des livraisons à domicile et des ventes éphémères annoncées par les trafiquants sur les réseaux sociaux. « Ces meet-ups, où un dealer indique un lieu précis pour une vente rapide, rendent la détection plus difficile », souligne Jérôme Martin, responsable de la police dans le Var.
Il est essentiel de noter que la justice fait face à une nouvelle génération de trafiquants, incluant des individus ayant des emplois stables qui se lancent dans la revente de drogue, pensant être à l'abri. « Cela représente un double danger », alerte Raphaël Balland. « Non seulement ils risquent des poursuites judiciaires, mais ils s'exposent également à des enjeux plus graves tels que l'enlèvement ou la violence liée à leurs dettes envers le trafic. » Il conclut en rappelant que « sans consommateur, il n'y a pas de trafic ».







