Le tribunal de Brest risque de tourner au ralenti pendant une dizaine de jours. À partir du 2 avril, l'ensemble des avocats se mobilise, rejoignant des confrères de nombreux barreaux. Leur objectif : s'opposer farouchement au projet de loi "SURE" de Gérald Darmanin, qui souhaite introduire un système de "plaider-coupable" pour les crimes.
Lors de l'audience correctionnelle de 13h30, la séance fut exceptionnellement brève. Le bâtonnier a pris la parole pour annoncer le début d'une grève générale des avocats. Face à cette décision, le président du tribunal a reporté plusieurs affaires, certaines jusqu'en janvier 2027. Les avocats ne participeront plus aux audiences civiles ou pénales jusqu'au 13 avril inclus, et ne feront également plus intervenir leurs services en garde à vue. Ce mouvement s'étend à de nombreux tribunaux à travers le pays, signifiant une résistance significative contre le projet de loi SURE, destiné à alléger les formalités judiciaires, comme le rapportent nos confrères de Le Monde.
Justice expéditive
Ce projet de loi vise un délai de traitement plus rapide des affaires, en réduisant les procédures juridiques pour les crimes. Le bâtonnier, Me Alexandre Quéméner, s'inquiète des conséquences : "Les crimes portent atteinte au contrat social et nécessitent une délibération publique et un jugement par des jurys populaires, tradition ancrée depuis 1791." Il craint que cette démarche mène à une justice expéditive, potentiellement arbitraire. "Ce retournement est inquiétant, et pourrait compromettre les droits fondamentaux des justiciables", ajoute-t-il.
Pour Me Arthur Pellen, avocat en droit pénal, ce projet sapera "le droit des victimes à être entendues lors d'un procès. Les affaires criminelles seront traitées en quelques heures, éliminant la présence cruciale d'experts et de témoins. C'est une dérive préoccupante des principes de notre justice", dénonçant la logique d'une justice au rabais qui met à mal l'équilibre du système judiciaire.
Manifestations à Rennes et Paris
Alors que la grève impacte sévèrement le fonctionnement des tribunaux, le bâtonnier de Brest a affirmé qu'il n'avait pas d'autre choix. "Il est crucial de protéger les droits et libertés fondamentales de nos clients. Notre mobilisation est inévitable pour défendre ces valeurs." Les avocats de Brest s'apprêtent à participer à la manifestation régionale le 10 avril devant la Cour d'appel de Rennes, ainsi qu'à une manifestation nationale prévue le 13 avril, jour où le Sénat examinera le projet de loi de Gérald Darmanin.







