Une étude d’Oxfam révèle que les actionnaires captent une part croissante des bénéfices générés par les grandes entreprises en Europe, à tel point que près de 25 % d'entre elles s’endettent pour verser des dividendes. Cela soulève des questions cruciales sur la durabilité de cette tendance.
Sur le continent, 70 % des bénéfices des multinationales finissent dans les poches des actionnaires selon le rapport d’Oxfam. Au lieu d'un simple audit du CAC 40, l'organisation a élargi son enquête aux 100 plus grandes entreprises d’Europe, de 2022 à 2024.
« Nous avons appliqué notre méthodologie des 4 piliers – personnes, profits, pouvoir et planète – en considérant 40 indicateurs différents », explique Alexandre Poidatz, porte-parole d’Oxfam sur les questions de régulation des entreprises.
Le CAC 40 : 82 % des bénéfices versés aux actionnaires en 2025
Parmi ces 100 entreprises, 24 sont françaises, 27 viennent d'Allemagne et 14 du Royaume-Uni. Les données pour la France sont particulièrement préoccupantes, avec 73 % des bénéfices destinés aux actionnaires pendant cette période. Des cas extrêmes, comme Engie, où les distributions dépassent les 300 %, contrastent avec les 3 % d'EDF. En 2025, cette tendance s'est aggravée, puisque 82 % des résultats ont été alloués aux dividendes et aux rachats d'actions, établissant un record.
Cette dynamique est mise en exergue par Cécile Duflot, présidente d’Oxfam France : « Quelle est la logique de verser plus de 100 % des gains à des actionnaires, tout en se plaignant des coûts des services publics et en sollicitant des aides de l'État ? »
Si les entreprises avaient réinvesti un tiers de leurs bénéfices, elles auraient pu générer 700 milliards d’euros d’investissement et de paiement aux employés, souligne Alexandre Poidatz. « C’est un chiffre à forte portée politique qui échappe à la logique économique. »
En comparaison, l'Allemagne voit ses grandes entreprises verser « seulement » 50 % de leurs bénéfices. Ce contraste peut être attribué à une législation qui favorise une représentation plus forte des salariés dans les conseils de surveillance.
Salaires : des disparités prégnantes
Le rapport d’Oxfam dévoile également des écarts salariaux saisissants. En 2024, le PDG le mieux rémunéré d'Europe touche 22 millions d’euros, tandis que les dirigeants de SNCF et EDF ne gagnent respectivement que 453 000 et 450 000 euros, soit 5 à 7 fois le salaire médian. À l'opposé, le PDG de Carrefour, Alexandre Bompard, a perçu 361 fois le salaire moyen de ses employés.
Cécile Duflot souligne que « ces inégalités ne sont pas inévitables, mais résultent de choix politiques. » Elles témoignent de l'importance des réformes nécessaires, notamment via des politiques salariales plus équitables. L'ONG note des avancées dans la représentation féminine au sein des conseils d'administration, résultat de réglementations adoptées dans plusieurs pays européens.
Les dérégulations actuellement en cours au sein de l'Union européenne exacerbent les inégalités : « En amoindrissant la législation avec les paquets Omnibus, l'UE recule face au modèle économique que nous devons promouvoir », prévient Alexandre Poidatz. Oxfam plaide pour un maximum de 1 à 20 entre le salaire des patrons et le salaire médian, ainsi que des limitations sur les dividendes en fonction des investissements sociaux.
Cécile Duflot fait également appel à une plus grande démocratie en entreprise : « Les modèles coopératifs montrent que quand les salariés prennent des décisions, ils investissent dans la pérennité de l'entreprise, contrairement aux actionnaires qui cherchent à maximiser leurs gains immédiats. »







