Le port de Marseille entre dans une nouvelle ère avec l'activation de l'électrification des quais, permettant à trois grands navires de croisière de se brancher sur le réseau électrique au même moment. Bien que cette initiative soit une avancée technologique significative et un pas vers l'autonomie énergétique, elle n'élimine qu'une fraction de la pollution des célèbres paquebots.
Cette "première en France", mise en avant par le ministre des Transports, Philippe Tabarot, lors de l'inauguration du dispositif, vise à rendre "le tourisme de croisière plus respectueux de l'environnement et générer moins de nuisances pour nos territoires".
Marseille, en tant que premier port français de croisière, offre désormais la possibilité à trois paquebots de se connecter à un réseau électrique lors de leurs escales, leur fournissant 16 MW chacun, soit l'équivalent de l'énergie nécessaire pour alimenter une ville de 13 000 habitants.
Selon Laurent Martens, délégué général d'Armateurs de France, "les compagnies de croisière qui touchent Marseille sont conscientes du rejet social envers les grands bateaux émettant de la fumée noire". La connexion électrique pourrait donc les aider à améliorer leur image publique.
Le ministre a souligné l'importance de cette démarche non seulement pour l'environnement mais aussi pour "notre souveraineté, surtout dans un contexte mondial instable". À propos de la source d'énergie, elle est entièrement renouvelable et provient de panneaux photovoltaïques installés sur le site.
En date de vendredi, le Premier ministre Sébastien Lecornu a également révélé des mesures ambitieuses destinées à "accélérer" l'électrification dans les transports pour réduire la dépendance aux combustibles fossiles.
Avance de quatre ans
Le port, accueillant près de 4 millions de passagers annuels, a franchi une étape importante avec son plan "Escale zéro fumée", qui se met en place quatre ans avant les exigences réglementaires européennes de 2030.
Fanny Pointet, spécialiste du transport maritime à l'ONG Transport & Environnement, mentionne que tandis que le branchement à quai peut réduire les émissions des navires, "cela ne fait qu'atténuer la pollution, car l'émission reprend dès que le navire reprend sa route".
Les impacts des croisières sont complexes. Bien que l'électrification des quais réduise les émissions d'oxyde d'azote de 28 % à Marseille, Damien Piga, d'AtmoSud, souligne qu'il est essentiel de monitorer l'utilisation effective de ces raccordements.
L'équipement nécessaire pour une connexion électrique représente un investissement de 500 000 à 1 million d'euros par bateau. Actuellement, rien ne les force à opter pour cette alternative plutôt que le diesel, dont le coût est plus avantageux. Une porte-parole de l'organisation Stop Croisières s'interroge sur l'utilisation d'argent public pour financer l'électricité à de telles échelles, recommandant de privilégier le fret.
Cette initiative, soutenue par l'Union européenne, l'État et les collectivités locales, a nécessité plus de deux ans de travaux et 210 millions d'euros. Il reste à voir si cette avancée sera réellement mise à profit pour une transition vers un tourisme maritime durable.







