Le PDG d'Air Canada, Michael Rousseau, a fait face à une vive controverse après avoir choisi de s'exprimer uniquement en anglais lors d'un hommage vidéo, minimisant ainsi l'utilisation du français qui est pourtant crucial dans son pays d'origine, le Canada. Cette décision lui a valu la désapprobation de l'Assemblée nationale du Québec, qui a voté à l'unanimité en faveur d'une motion demandant sa démission.
Rousseau a tenté d'expliquer qu'il peinait à maîtriser le français malgré plusieurs années de cours, mais son faux pas a suscité des critiques concernant l'importance de la langue dans les communications publiques. L'incident met en exergue les attentes élevées envers les dirigeants et leur capacité à s'adresser à un public diversifié.
Cette situation soulève la question de la perception des accents à un niveau professionnel. Une étude de l'Université de Rhode Island a récemment révélé que les dirigeants étrangers, en particulier ceux ayant un bon taux de réputation, peuvent attirer des investissements plus importants que leurs homologues locaux avec un accent américain. Les participants à l'étude ont été exposés à des PDG fictifs avec des accents divers, et les résultats ont montré une inclinaison à investir davantage dans ceux ayant un accent étranger, suggérant une perception d'ardeur et de prudence.
Des PDG avec un accent étranger valorisés?
Cet intérêt pour les PDG d'origine étrangère peut sembler paradoxal dans un contexte où le racisme et la discrimination due à l'accent persistent, comme l'indiquent d'autres études. Une recherche menée en France et au Luxembourg a révélé que les biais liés à l'accent demeurent forts, même dans des environnements multilingues.
Des experts, comme ceux cités dans le Journal de Psychologie Sociale, soulignent que les individus avec un accent étranger sont souvent considérés comme moins fiables, ceci étant corroboré par les travaux de Lev-Ari et Keysar (2010), qui montrent la diminution de crédibilité associée aux locuteurs« étrangers ».
Dans le cadre de l'étude de l'Université de Rhode Island, il est suggéré que la réputation peut compenser le biais envers les accents. Les participants ont montré une inclinaison à faire preuve de confiance envers des dirigeants étrangers, considérant qu'ils doivent souvent faire face à des défis supplémentaires pour réussir, ce qui pourrait les rendre plus compétents.
Un racisme persistant
Toutefois, cette acceptation de certains accents ne fait pas de tous les non-PDG une exception dans le monde professionnel. L'étude du Harvard Business Review révèle que les présentations effectuées par des conférenciers ayant des accents étrangers reçoivent systématiquement moins d'attention en ligne, illustrant ainsi la persistance des préjugés linguistiques dans la société.
L'exemple de Michael Rousseau pourrait donc être perçu comme un appel à la réflexion sur la façon dont nous valorisons et croyons en la diversité linguistique au sein de nos institutions. Quand bien même des voix étrangères peuvent susciter un intérêt et une confiance accrue, il est essentiel de débattre des inégalités qui subsistent et des attentes qui pèsent sur les individus selon leur origine.







