Les Plathelminthes terrestres, communément appelés vers plats, sont encore mal connus du grand public mais représentent une menace considérable pour la biodiversité des jardins et de la nature. La prise de conscience a réellement commencé en 2013, lorsque Pierre Gros, un naturaliste amateur, a photographié un ver inhabituel dans son jardin à Cagnes-sur-Mer. Cette image a attiré l'attention de Jean-Lou Justine, parasitologiste au Muséum national d'histoire naturelle, qui a constaté une lacune d'information sur ces espèces en France. Depuis, il est devenu un expert de cette famille.
Obama nungara : l'intrus brésilien
Parmi les espèces notables, Obama nungara a été identifiée. Il s’agit d’un vers plat originaire du Brésil, probablement introduit en Europe via des plantes importées. Mesurant entre 5 et 7 cm, il est caractérisé par une extrémité conique et une coloration variant du marron au noir. La partie ventrale est plus claire et l'épaisseur du corps ne dépasse pas 1 à 2 mm, ce qui en fait un véritable ver plat.
Le mode de reproduction de ce ver est sexuée, donnant naissance à des cocons contenant jusqu'à 8 nouveaux individus. Ces cocons, d'environ 4 à 5 mm de diamètre, sont difficiles à détecter, facilitant leur reproduction rapide dans les jardins.
Obama nungara sécrète un mucus en se déplaçant et, bien que l'on ignore s'il produit de la tétrodotoxine, il est souvent observé durant la nuit. Ce ver est désormais présent dans 66 % des départements français, à l’exception des zones montagneuses, sans explication claire pour cette absence. Ce qui est encore plus alarmant, c'est que cette espèce se nourrit principalement de vers de terre, d'escargots et de limaces, remettant en question la santé des sols.
Le ver plat de Nouvelle-Guinée : un cas isolé
Un autre exemple est Platydemus manokwari, découvert en 2014 dans une serre à Caen. Bien qu'il soit désormais confiné à un site spécifique en France, il représente une menace potentielle pour d'autres régions. Avec une longueur maximale de 5 cm et un corps aplati, ce ver se distingue facilement grâce à une bande dorsale crème. Sa large tête héberge deux yeux décalés, et il se nourrit principalement d'escargots et d'autres invertébrés.
L’habitat de ce ver se limite aux zones humides avec une pluviométrie régulière, rendant sa survie impossible en période de sécheresse.
Autres espèces préoccupantes et solutions
Depuis l'initiation de l'enquête du Muséum national d’histoire naturelle en 2013, une dizaine d'espèces invasives ont été découvertes. Parmi celles-ci, on trouve :
- Marionfyfea adventor (Nouvelle-Zélande),
- Bipalium kewense (jusqu'à 40 cm de long),
- Diversibipalium multilineatum,
- et d'autres représentant un danger pour la biodiversité.
Malheureusement, il n’existe actuellement aucune méthode de lutte efficace contre ces espèces envahissantes. Leur adaptation rapide et leur toxicité éventuelle les protègent également de prédateurs naturels. Les jardiniers sont encouragés à signaler toute observation à des chercheurs, contribuant ainsi à enrichir les connaissances sur ces vers plats. La mondialisation et l'introduction d'espèces exotiques représentent de réelles menaces pour notre biodiversité.
(crédit photos : Pierre Gros - CCBY4.0)







