Interviewé par Joseph Cohen, Thierry Marx, chef renommé et directeur de l’École Cuisine Mode d’Emploi(s), partage sa vision unique de la cuisine comme outil de transformation personnelle.
Joseph Cohen. - Nous débutons cet entretien avec la pensée de Spinoza, qui prône l'importance de la révolution personnelle avant toute autre. Comment percevez-vous cette révolution à travers l’art culinaire ?
Thierry Marx. - Spinoza est un philosophe majeur dont les idées, lorsque combinées à celles d'autres penseurs comme Marc Aurèle ou Gandhi, offrent une perspective sur la transformation de soi inspirée par la nature. L’essentiel en cuisine, ce n'est pas uniquement de suivre des recettes, mais de comprendre ce qui est véritablement utile : les gestes précis, les temps de cuisson, la saisonnalité, et l’observation des ingrédients pour les transformer au mieux. Cette approche me guide dans mon enseignement : comment créer un écosystème épanouissant à travers l'art culinaire, qui implique l'écoute, la communication, et surtout l'inventivité.
Vous insistez sur l'idée que la transformation personnelle passe par une approche non dogmatique de la tradition culinaire, tout en soulignant l'importance de la créativité. Comment conciliez-vous ces deux aspects ?
La transmission est essentielle, elle permet à chacun d’exprimer son intelligence. La cuisine devient alors un espace de liberté, où il faut constamment être en rupture avec le passé. Un véritable cuisinier n'oppose jamais tradition et créativité. Même si nous idéalisons souvent la cuisine des générations précédentes, il est crucial de ne pas négliger les innovations. Après tout, ce qu'on considère aujourd'hui comme classique a un jour été avant-gardiste. Cette reconnaissance de l'innovation est une forme d'art du combat, où l'intelligence permet de créer un environnement riche et stimulant.
Vous évoquez deux dimensions de la transformation : individuelle et collective. Comment les reliez-vous ?
Je ne sépare jamais ces dimensions. Tout changement est vital pour ne pas sombrer dans l'immobilisme. Mon objectif, en tant qu'enseignant, est de révéler les projets intérieurs de chaque individu. Chaque personne possède en elle un potentiel unique, et ce n’est pas seulement un diplôme qui importe, mais le désir d'engager un projet de vie. La magie de la cuisine réside dans sa capacité à créer des ponts entre les individus, à transcender les dogmes, et à favoriser le partage d'expériences. C'est ainsi que la cuisine devient un vecteur de transformation pour la collectivité.







