Ferghane Azihari, dans son ouvrage provocateur L'Islam contre la modernité, ouvre un vif débat en affirmant que l’Islam serait opposé à la modernité. En s'appuyant sur des faits historiques et contemporains, il interroge la place de cette religion dans le monde actuel. Ses propos rappellent la pensée critique de Condorcet, qui dénonçait les entraves qu'elle imposait à la civilisation.
Selon Azihari, beaucoup de défendeurs de l'Islam avancent que les retards économiques et philosophique de la civilisation musulmane s'expliqueraient par son apparition tardive, par rapport à des cultes plus anciens. Cependant, l'auteur rejette cette idée, arguant qu'une civilisation née plusieurs siècles après Socrate et Aristote aurait eu l'occasion de s'inspirer de leurs pensées. Au lieu de cela, il pense que l'Islam a souvent choisi d'ignorer cet héritage, en faveur d'un obscurantisme persistant.
En examinant l'age d'or de l'Islam, qui aurait produit des avancées en mathématiques, philosophie et architecture, Azihari se demande si ces succès n'ont pas été le fruit de quelques esprits exceptionnels, au milieu d'une société largement influencée par des dogmes rigides. Comme le souligne le sociologue Mohammed Arkoun, il existe un gouffre entre ces réalisations passées et la crise actuelle des sociétés musulmanes.
Cette critique s'étend également à la réalité contemporaine. Azihari observe que la majorité des pays musulmans sont en retard dans des domaines tels que les droits humains, l'économie et les structures sociales. Ces observations sont soutenues par des études récentes de l'Institut Montaigne, qui ont mis en lumière les défis des sociétés issues de l'immigration musulmane. Cela pose une question cruciale : pourquoi, malgré des doctrines souvent jugées sévères, l'Islam conserve-t-il une telle vitalité et fidélité parmi ses adeptes aujourd'hui ?
Le livre se veut également un appel au courage intellectuel. Loin d'être un plaidoyer simpliste, il encourage la discussion autour de sujets tabous. Pour Azihari, le vrai défi réside dans notre capacité à penser librement face à des idéologies dominantes, que ce soit à travers la décolonisation des esprits ou une redéfinition des identités. Dans cette excitation intellectuelle, l’auteur nous invite à réfléchir à notre propre modernité, à nos valeurs et à la façon dont elles peuvent être réinterprétées à la lumière d'un débat ouvert et inclusif.







