Souvent perçu d'abord comme un déni, le burn-out entraîne une errance médicale et une reconstruction nécessaire mais complexe. Les témoignages des personnes ayant vécu cette expérience révèlent des prises en charge variées et l'absence de lieux d'écoute adaptés à une problématique qui n'est pas encore entièrement reconnue.
Julie, 28 ans, fonctionnaire en Guyane, raconte : "Je travaillais sans relâche, sans même prendre le temps de manger ou de dormir. Les douleurs physiques étaient omniprésentes, et je me trouvais souvent en larmes au travail." Malheureusement, elle n'identifiait pas ces signes alarmants avant qu'un médecin du travail ne lui confie qu'elle était en burn-out. Un diagnostic qui, pour elle, fut un véritable choc, engendrant un sentiment de culpabilité.
Le burn-out, défini comme un état d’épuisement émotionnel et physique lié au travail, touche particulièrement les femmes. Selon les données de Santé publique France, 5,9 % des femmes et 2,7 % des hommes souffraient de troubles psychiques liés à leur profession en 2019, un chiffre en hausse impressionnante par rapport à 2007. Cependant, ces statistiques ne quantifient pas directement l'épuisement professionnel, qui reste souvent mal identifié.
Sous le statut de syndrome ou risque psychosocial, le burn-out n'est pas reconnu comme une maladie par la Sécurité sociale, ce qui complique son approbation. Les travailleurs doivent démontrer que leur état est causé par des conditions professionnelles et engendre une incapacité permanente. Parfois, la reconnaissance se fait par un classement en accident de travail après une crise aiguë.
Etonnamment, un rapport récent de l'Assurance maladie a révélé que les maladies psychiques classées comme professionnelles avaient plus que doublé entre 2020 et 2024, atteignant à peine 1.805 cas, avec une majorité de demandes provenant de femmes. Cette reconnaissance est essentielle pour obtenir un suivi adéquat, mais les personnes touchées sont souvent livrées à elles-mêmes.
Marie Pezé, psychologue et fondatrice du réseau Souffrance et travail, affirme : "La gestion de cette pathologie souvent liée à des violences collectives au travail se fait de manière artisanale par la Sécurité sociale qui peine à en reconnaître l'importance". La complexité de cette condition, qui inclut des symptômes tant psychiques que physiques, nécessite un suivi pluridisciplinaire : la psychothérapie, l’évaluation par un médecin du travail et une prise en charge spécialisée sont souvent indispensables.
Solène, infirmière à Toulouse, raconte sa descente aux enfers après avoir vécu un harcèlement moral et une surcharge de travail. Malgré un diagnostic clair de son médecin, elle estime avoir été mal prise en charge, regrettant l'absence de structures dédiées. "J'ai eu la chance de rencontrer une psychologue exceptionnelle, mais beaucoup sont laissés pour compte", explique-t-elle.
Brigitte Vaudolon, vice-présidente de la Fédération des Intervenants en Risques Psychosociaux, souligne que les approches pluridisciplinaires sont cruciales pour aider les victimes à se reconstruire tant psychologiquement que professionnellement. Toutefois, beaucoup n’ont pas accès à ce type de soutien et se sentent abandonnées.”On se sent comme abandonné dans la nature”, confie Catherine, enseignante dans le Nord, qui a contacté de nombreux médecins pour obtenir un soutien thérapeutique après son burn-out.
Anne-Marie, qui a souffert de burn-out en travaillant dans le secteur bancaire, a choisi de se tourner vers des médecines douces, telles que la sophrologie et la kinésiologie. Elle a également réalisé que le soutien collectif, comme dans les groupes de parole, est essentiel pour restaurer l'estime de soi et la confiance. "Ces échanges avec d'autres personnes vivant la même épreuve m'ont aidée à réaffirmer ma valeur", conclut-elle.







