Le mouvement de grève des médecins libéraux, commencé la semaine dernière, continue de prendre de l'ampleur. Pour garantir la continuité des soins, notamment dans les services d'urgence et les maternités, plusieurs dizaines de réquisitions de praticiens ont déjà été émises.
"Maltraiter les soignants, c’est maltraiter les patients." À Paris, des milliers de médecins, en grève depuis lundi, ont manifesté samedi contre une dérive autoritaire de l’État, estimant qu'elle menace leur liberté d’exercice. Ils appellent le Premier ministre, Sébastien Lecornu, à reconsidérer sa position et à faire des propositions concrètes. La colère est particulièrement dirigée contre la régulation des arrêts de travail, qui limiterait initialement ceux-ci à un mois pour une première prescription, et la possibilité pour le directeur de l’Assurance maladie de fixer les tarifs médicaux de manière unilatérale.
Les syndicats de médecins libéraux dénoncent le Projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, le qualifiant de rupture historique et d'attaque inédite contre la médecine libérale. Ils craignent une aggravation des difficultés d'accès aux soins, prévenant que millions de patients pourraient se retrouver sans médecin.
Assurer la continuité des soins
Selon le ministère de la Santé, la grève a déjà entraîné une baisse d'activité dans les consultations, avec une chute de 19 % chez les généralistes et de 12 % chez les spécialistes. Ces chiffres, néanmoins, sont jugés non représentatifs par les syndicats, qui affirment que la grève est souvent perlée. Un moment décisif se profile en début de semaine, avec des fermetures de blocs opératoires dans de nombreuses cliniques privées. Lamine Gharbi, président de la Fédération de l’hospitalisation privée, a déclaré que 80 % des praticiens inscrits à la permanence des soins en établissements de santé (gardes) avaient déjà été réquisitionnés afin de maintenir un niveau d’activité minimal.
89 réquisitions dans les Bouches-du-Rhône
Les autorités restent vigilantes face à la situation. L'Agence régionale de santé (ARS) Provence-Alpes-Côte d'Azur a affirmé : "Nous sommes très attentifs au mouvement en cours." À l'heure actuelle, les retours des établissements ne signalent pas de transfert d'activité vers les services d'urgence hospitaliers, bien que 89 réquisitions ciblées aient déjà été établies dans les Bouches-du-Rhône depuis le début de la grève.
Une attention particulière est portée aux maternités et à la prise en charge des femmes enceintes. L'ARS a pris des mesures de réquisition pour garantir la sécurité des accouchements, qualifiant cette situation de priorité absolue. Selon la communication du CHU de Marseille, "Nous n’avons eu que quatre cas de report de patients, dont des femmes enceintes, sur les services de l’AP-HM." Cependant, à l'hôpital Saint-Joseph, tous les médecins de la maternité se sont retrouvés réquisitionnés, soulignant l'urgence de la situation : "C’est très tendu, il y a beaucoup de flux," a déclaré Gilles Briffaud, délégué CGT.
Ce mouvement de grève, qui s'annonce long et conflictuel, interroge sur la viabilité du système de santé en France. Les médecins, en défense de leur liberté d'exercice et de la qualité des soins, sont déterminés à se faire entendre dans un contexte de plus en plus difficile.







