Les cryptomonnaies attirent un nombre croissant d'investisseurs, mais elles sont aussi le terrain de jeux d'escrocs. Un réseau criminel basé en Albanie cible spécifiquement des investisseurs en France via des plateformes de trading fictives, laissant de nombreuses victimes désemparées. Parmi elles, Chantal, qui a perdu 300 000 euros, ses économies de toute une vie.
À Tirana, Jon, un jeune homme d'une vingtaine d'années, raconte comment il convainquait des cibles de placer leur argent dans un investissement qu'ils ne reverraient jamais. « S'il y a des gens qui croient, je ne vois pas pourquoi je devrais avoir des scrupules », confie-t-il. Ce jeune homme, inspiré par les personnages de films comme « Le Loup de Wall Street », ne montre aucun regret concernant ses actions, même après le démantèlement de son réseau.
En avril dernier, plusieurs centres d'appels en Albanie ont été fermés suite à une enquête menée par les gendarmes de Pau. Les autorités françaises ont été alertées après qu'un investisseur ait perdu 30 000 euros sur la plateforme universatrade.io. Le mécanisme était bien rodé : des voix sympathiques persuadaient les victimes d’investir toujours plus, en leur montrant des gains fictifs pour les inciter à injecter davantage d'argent.
Chantal, cheffe d’entreprise dans le sud de la France, est tombée dans le piège en cliquant sur une publicité. « Une voix masculine m'a appelée et semblait vraiment sympa », raconte-t-elle. D'abord prudente, elle a commencé par un investissement de 250 euros, que ses interlocuteurs lui ont rapidement fait croire fructueux. Au fil du temps, sous pression constante, elle a déversé pratiquement toutes ses économies dans une quête désespérée pour récupérer son investissement.
« Ils vous tiennent », explique-t-elle. « Vous n'osez pas dormir, vous êtes obsédé par la perte de votre argent. » La source des gendarmes souligne également la sophistication de ces arnaques, rendant les victimes bien plus crédules qu'elles ne le seraient habituellement.
Le démantèlement du réseau a révélé un vaste système de fraude, avec l'arrestation de cinq ressortissants albanais, y compris un policier, lié à l'opération sur place. Malheureusement, l'extradition des criminels n'est pas envisageable, entraînant des complications pour les victimes qui espèrent être indemnisées.
Chantal souhaite que son histoire soit entendue. « Ils volent bien plus que votre argent; ils détruisent votre dignité et votre intelligence. » Dans un contexte où l'Albanie émerge comme un centre d'escroqueries en raison de sa main-d'œuvre bon marché et de ses facilités à blanchir de l'argent, Fatjon Softa, un ancien policier, met en garde contre la prolifération de ces arnaques qui se répandent également au-delà des frontières.
Pour protéger davantage les investisseurs, il est crucial de sensibiliser le public aux pièges des cryptomonnaies. Chantal, comme d'autres victimes, souhaite que son témoignage serve d'exemple pour éviter d'autres désastres personnels. « Cet argent représentait notre retraite. »
(*) Les prénoms ont été modifiés.







