Les cancers de la peau posent un enjeu de santé majeur en France, représentant un tiers des cancers diagnostiqués. Face à l'absence croissante de dermatologues, certaines pharmacies se lancent dans le dépistage des grains de beauté, offrant une passerelle vers des consultations médicales plus accessibles.
Selon la fondation Jean Jaurès et Doctolib, qui ont récemment publié leur "carte de France de l'accès au soin", près de 7 millions de Français manquaient de médecins traitants en 2025. Alarmant encore, la France ne compte que quatre dermatologues pour 100 000 habitants, un chiffre qui tombe à 83 dermatologues pour 1.5 million d'habitants en Loire-Atlantique. Cela conduit de nombreuses personnes à renoncer à consulter, malgré l'importance du dépistage précoce.
Un service innovant pour alléger la charge des médecins
A Nantes, par exemple, la pharmacienne Nathalie Orain fournit ce service depuis deux mois, utilisant un kit de Skinmed. Avec un dermatoscope, elle photographie les grains de beauté et envoie les images à un dermatologue. "Cela permet d'évaluer la nécessité d'une consultation," indique-t-elle. "Nous renforçons l'accès aux soins tout en réduisant la charge sur les dermatologues".
Un coût abordable mais non remboursé
Chaque consultation est facturée à 15 euros, non remboursés par la sécurité sociale. Les patients tels que Carole, qui fréquentent fréquemment les médecins pour des grains de beauté, trouvent un grand intérêt à cette approche. "C'est une bonne solution, surtout quand les rendez-vous sont difficiles à obtenir," mentionne-t-elle.
Des voix partagées parmi les professionnels
La Union de syndicats de pharmaciens d'officine (USPO) soutient ce type d'initiative, tout en soulignant un besoin urgent de reconnaissance et de compensation pour les pharmaciens. "Nous sommes heureux de contribuer à la santé publique, mais cela doit être valorisé," explique Laurence Mezerette, une responsable syndicale.
En revanche, le Syndicat national des dermatologues et vénérologues, représenté par Catherine Gaucher, critique cette pratique : "Le dépistage en pharmacie peut engendrer des faux positifs, ce qui exacerbe encore plus la saturation des dermatologues. Une discussion médecin à médecin est primordiale pour une bonne évaluation des patients".
Pour conclure, alors que le besoin d'accès aux spécialistes est crucial, les pharmacies semblent proposer une voie innovante, mais entourée de débats sur la qualité et l'efficacité de ces services. Seul l'avenir dira si cette pratique saura s'imposer dans le paysage de la santé en France.







