Insultes, exploitation, agressions sexuelles... Les femmes sans domicile fixe font face à une violence systémique, comme le souligne une récente affaire judiciaire à Paris. Un procès concernant un viol survenu en 2023 met en lumière les défis que rencontrent ces femmes déjà vulnérables.
Ladji S., 36 ans, sera jugé pour le viol de Carole G., aujourd'hui âgée de 42 ans et vivant sans abri. Son complice, Amadou D., 40 ans, fait face à des accusations de complicité. Cette affaire est rare, note l'avocat de Carole, Ambroise Vienet-Legué, car de nombreuses victimes n'osent pas se tourner vers la justice. Cependant, grâce à des interventions policières rapides après les faits, cette situation a pu être traitée sérieusement.
Les associations alertent sur l'exposition accrue des femmes sans domicile fixe aux violences. Anne Lorient, elle-même victime d'abus durant ses années de vie dans la rue, gère aujourd'hui une association pour soutenir ces femmes. Elle souligne l'importance de créer des espaces de partage où les violences vécues peuvent être abordées ouvertement.
Un rapport sénatorial de 2024 révèle que presque toutes les femmes sans domicile ont subi des violences, souvent cumulées avec d'autres traumatismes vécus dans leur enfance ou durant leur parcours migratoire. Le rapport évalue leur nombre à environ 120.000 en France, représentant ainsi près de 36% des personnes sans abri.
Pour échapper à ces violences, ces femmes adoptent souvent des stratégies d'adaptabilité, comme changer fréquemment de lieu et éviter d'attirer l'attention. Marie Loison, maîtresse de conférence en sociologie à l'Université Sorbonne Paris Nord, explique que cette insécurité les pousse vers des hébergements informels, où elles subissent souvent des abus supplémentaires.
Bon nombre d'entre elles évitent également les centres d'hébergement institutionnels par crainte de violences additionnelles. Vanessa Benoit, directrice générale du Samu social de Paris, plaide pour des mesures spécifiques, comme des espaces réservés aux femmes, afin de les inciter à demander de l'aide.
À Paris, le 115 gère plusieurs accueils de jour pour femmes, offrant un cadre protecteur propice aux échanges sur leurs expériences. Ces initiatives sont essentielles, car la problématique des violences envers les femmes sans domicile a gagné en visibilité depuis le mouvement #MeToo.
Malgré une prise de conscience croissante, les solutions manquent encore cruellement. Avec environ 200.000 places d'hébergement d'urgence, la Délégation interministérielle à l'hébergement (Dihal) reconnaît des lacunes persistantes dans l'accès à des soutiens adaptés. Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le logement, insiste sur l'urgence d'améliorer l'accès à des solutions d'hébergement dotées d'accompagnement social et médical.







