La professeure de Français d’Evaëlle, suspectée d'avoir harcelé la collégienne jusqu'à son suicide en 2019, a été condamnée en appel à Versailles à un an de prison avec sursis. Ce jugement fait suite à une relaxe obtenue en première instance par le tribunal correctionnel de Pontoise l'an dernier, et il représente un tournant dans les affaires de harcèlement scolaire.
Le délibéré a été rapide, avec le mot "coupable" prononcé presque immédiatement par la juge de la cour d'appel de Versailles, en l'absence de l'accusée, représentée par son avocat. Marie et Sébastien Dupuis, les parents d’Evaëlle, sont encore sous le choc et cherchent à comprendre la portée de cette décision avec leur avocate, Maître Delphine Meillet. Pascale B., la professeure, a été reconnue coupable d'avoir harcelé leur fille de 11 ans et encourt une peine d'un an avec sursis.
« Le verdict est sans précédent ! » s'exclame Marie Dupuis, encore émue. « C'est un véritable soulagement. Après la relaxe de l'an passé, nous craignions qu'il faille attendre un autre drame pour que justice soit faite. En cinq ans, nous croyons avoir sauvé une dizaine d'enfants d'un sort similaire. » Elle se réfère également à la loi Balanant, récemment rebaptisée "loi Evaëlle", qui vise à mettre un terme à la culture du "pas de vagues" dans les établissements scolaires et à responsabiliser ceux qui perpétuent l’humiliation sur les enfants.
L'histoire d’Evaëlle a commencé par une simple querelle de matériel scolaire. Considérée comme une enfant "précoce", la jeune fille a subi des mois de brimades orchestrées par sa professeure, qui a incité ses camarades à se moquer d'elle. Les humiliations ont pris une ampleur insupportable, malgré les appels au secours de ses parents, souvent jugés insuffisants par un système éducatif réticent à agir.
Le 21 juin 2019, alors qu'Evaëlle semblait se diriger vers des vacances estivales prometteuses, sa mère trouve l'horrible vérité : sa fille s'est donné la mort. La petite fille, acculée par des brimades incessantes, avait longtemps caché son calvaire à ses parents. Les Dupuis avaient tenté de signaler la situation à l'administration scolaire sans succès, et leur décision de changer d'établissement n'a fait qu'ouvrir la porte à de nouvelles humiliations.
À la suite du suicide d’Evaëlle, l’absence de réaction de l’établissement scolaire a suscité une vive émotion au sein de la communauté. Aucune minute de silence n’a été observée, et le principal a même interféré pour que les enseignants évitent de participer aux funérailles. De son côté, Pascale B. a continué à enseigner avant de se voir interdite d'enseigner, mais sa carrière a été relancée ailleurs, ignorant encore le traumatisme laissé par ses actes.
Cette affaire soulève des interrogations profondes sur la responsabilité des adultes dans la protection de leurs élèves et met en lumière la nécessité d’un changement radical dans la manière dont le harcèlement scolaire est géré. Comme l'affirme Marie, « il est essentiel que nous continuions de nous battre pour que jamais une autre enfant ne vive ce que notre Evaëlle a enduré. »







