"Je n'avais pas encore onze ans", commence Jean, qui préfère rester dans l'anonymat. Autour de lui, d'autres membres du collectif des victimes du collège Le Likès, à Quimper, l'écoutent avec empathie. En ce jour du 7 avril 2026, ils se retrouvent pour évoquer les violences qu'ils ont subies ou connues, il y a plus de cinquante ans, toutes attribuées à un homme aujourd'hui décédé.
Jean raconte alors le mode opératoire de son référent de dortoir : "Il venait nous chercher dans notre lit, à une heure bien précise, je dirais 22h ou 23h, et nous forçait à entrer dans sa chambre. Nous devenions ses objets sexuels. Lui, il nous touchait et il fallait aussi le toucher, le masturber". Il se souvient également des coups reçus avec une règle lors des travaux manuels, sous l'œil complice d'un enseignant, et du chantage exercé sur eux : "Il menaçait de dire des choses négatives à nos parents".
"Il m'a passé les mains sur les parties intimes"
Jean fait ici référence à son premier témoignage qui date de 2021, lorsqu'il a réalisé l'ampleur des abus qu'il avait subis dans les années 70. Le quotidien Ouest-France a relayé son récit marquant, ouvrant ainsi la voie à d'autres victimes. En février 2026, un collectif se forme, réunissant une vingtaine d'anciens élèves de l'établissement.
Daniel, un autre membre, raconte son expérience. Entré au Likès en 1967, il a évité le dortoir surveillé par l'agresseur, mais a lui aussi été victime, en pleine journée : "Lors d'un cours de poterie, il est venu derrière moi et m'a touché de manière inappropriée".
"C'était un grand manipulateur"
Les cours de travaux manuels étaient redoutés par les élèves. Un autre Daniel témoigne également : "Je restais à l’écart de lui, de peur. Des camarades racontaient avoir subi des abus. Il n'y avait pas de rideau dans les douches, et le professeur vérifiait sous leur pyjama, ce qui était terrifiant". Jean décrit encore la peur qui l'assaillait chaque dimanche soir, lorsqu'il devait retourner à l'internat : "J'allais à l'abattoir". Ses parents, peu enclins à le croire, restaient sceptiques face à ses révélations. "Ma mère était une femme d'Église, pour elle c'était inimaginable qu'un frère se comportât ainsi".
La congrégation "regrette profondément que ce Frère ait pu faire des victimes"
Cela reste le plus difficile : l'absence de reconnaissance à l'époque et aujourd'hui encore. "La hiérarchie était au courant, c'est indéniable", assure Daniel, qui s'interroge sur la réaction de la congrégation des Lassaliens. En février, France Inter faisait état d'éléments préoccupants concernant leur manque de transparence face aux abus sexuels révélés.
Contactée par ICI Breizh Izel, la congrégation a exprimé sa profonde tristesse : "Nous regrettons que ce Frère ait pu faire des victimes". Ils reconnaissent qu'un homme de sa trempe ne devait pas occuper de poste éducatif, mais démentent toute forme d'omerta, affirmant qu'ils s'efforcent d'écouter et d'indemniser les victimes.
Ces anciens élèves ne réclament rien d'autre que la reconnaissance de leurs souffrances : "Il faut que tout cela soit mis en lumière pour éviter que cela ne se reproduise", conclut Daniel, plaidant pour une vérité incontournable.







