Lorsqu'une personne disparaît en Équateur, ses proches se tournent souvent vers les autorités, mais dans la ville portuaire de Guayaquil, la première recherche se fait parfois dans le tristement célèbre "canal de la mort", où des centaines de corps sont retrouvés chaque année.
Ce canal de 45 kilomètres traverse Nueva Prosperina, l'un des quartiers les plus dangereux de Guayaquil, principal point de départ de la cocaïne vers l'Europe et les États-Unis.
Initialement conçu pour l'irrigation agricole, cette voie d'eau est devenue un véritable charnier après la flambée de violence liée au crime organisé et à la pandémie de COVID-19, selon les témoignages de riverains.
Le long du canal, un chemin de terre est jonché de déchets et de carcasses d'animaux, tandis que des hommes armés patrouillent, maintenant un contrôle impitoyable sur la région. Les taxis hésitent à se rendre sur cet itinéraire, un révélateur de la détérioration des services de base.
Des résidents, tels que Juan Ordoñez, soulignent la peur omniprésente qui les pousse à garder leurs portes fermées. Les exécutions se passent même à proximité, entraînant les corps vers le canal, comme l'indique le lieutenant Christian Echeverria de la police.
En 2023, plus de 100 corps ont été récupérés, certains encore dans des sacs en toile de jute, d'autres simplement abandonnés. En novembre, une fosse contenant neuf corps démembrés a également été découverte.
Avec des statistiques alarmantes, l'Équateur a enregistré une moyenne d'un homicide par heure en 2025, mettant en lumière la crise de sécurité aiguë dans le pays.
Les histoires des victimes, comme celle de Georgina Bermeo, assassinée avec son mari après un vol, symbolisent cette tragédie. Sa sœur, qui se sent abandonnée par un système judiciaire corrompu, déclare que "les policiers sont achetés par les délinquants".
L'impunité semble s'étendre aux forces de l'ordre, avec des allégations de collusion entre militaires et groupes criminels. Le Comité des disparitions forcées des Nations Unies a reçu plusieurs plaintes contre des agents de police, révélant une lutte désespérée entre l'État et le crime organisé.
Cette spirale de violence incite de nombreuses familles à fuir, ajoutant une couche d'angoisse à une réalité déjà tragique. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : en cinq mois de 2025, Guayaquil a enregistré plus de 900 meurtres.
Alors que la situation semble s'aggraver, la société équatorienne se retrouve à la croisée des chemins, entre le besoin urgent de sécurité et l'absence de justice, dans une lutte sans fin contre la violence qui les assiège.







