Dans une encyclique de 130 pages publiée ce lundi 25 mai, le pape Léon XIV souligne que l'intelligence artificielle ne peut pas être perçue comme moralement neutre. Il appelle les États à réguler et à encadrer les algorithmes.
Le souverain pontife décrit comment il est essentiel de "désarmer" cette technologie pour "prévenir sa domination sur l'humain". Dans ce premier document majeur du genre, il critique les "nouvelles formes d'esclavage" qui émergent des avancées rapides de l'IA, affirmant que la dignité humaine est en péril à l'ère numérique.
Magnifica Humanitas, ce texte socialement engagé, répond à de nombreux défis contemporains comme l'écologie et le désordre du multilatéralisme. En tant qu'ardent défenseur de la dignité humaine, le pape appelle à repenser le concept de "guerre juste", souvent utilisé dans le discours politique, notamment par l'administration Trump, et dénonce les décisions létales déléguées aux machines.
Le pape avait lui-même participé à la présentation de cette encyclique, un fait sans précédent. Il était entouré d'experts en intelligence artificielle, parmi lesquels le cofondateur de la start-up Anthropic, Christopher Olah.
Risque de déshumanisation
Les Nations Unies estiment que l'IA pourrait générer jusqu'à 4 800 milliards de dollars d'ici 2033, marquant une croissance explosive, mais risquant de concentrer ces bénéfices entre les mains d'un petit nombre d'acteurs. En 2025, l'agence avait déjà mis en garde contre un "vide réglementaire" sur ce sujet crucial.
Dans certaines régions, adolescents et enfants travaillent dans des conditions dangereuses pour extraire des matériaux nécessaires à l'IA.
Pape Léon XIV
Rappelant les contributions de figures comme Platon et Beethoven à la culture, le pape dénonce également les nouvelles formes d'esclavage induites par l'IA, appelant à des solutions technologiques plus durables pour réduire l'impact environnemental.
Il avoue également vouloir demander pardon pour le retard dans la condamnation de l'esclavage, reconnaissant l'implication historique de l'Église catholique dans ce fléau.
Au-delà des enjeux techniques, Léon XIV alerte sur un risque accru de "déshumanisation", évoquant une perception de l'humain réduite à une simple collection de données exploitables. L'évêque de Rome insiste sur l'importance d'une "alphabétisation numérique" pour accéder à une compréhension éthique de ces technologies.
Les experts estiment que l'impact de Magnifica Humanitas pourrait rivaliser avec celui de l'encyclique Laudato Si', qui avait suscité une large réaction lors de sa publication en 2015 sous le pape François.
Une culture violente de la puissance
Concernant le multilatéralisme, le chef des catholiques rappelle que l'IA n'a pas sa place dans les conflits militaires, en affirmant qu'"aucun algorithme ne peut rendre la guerre moralement acceptable". Le pape reproche à la théorie de la guerre juste d'être utilisée pour justifier des actes violents, en particulier lors de sa mise en œuvre par l'administration Trump, faisant écho à ses préoccupations quant à une tendance inquiétante vers une "culture de la puissance" qui banalise la guerre.
Des tensions s'étaient d'ailleurs intensifiées avec la Maison Blanche suite à ses déclarations sur le fait que "Dieu n'entend pas les prières de ceux qui font la guerre", alors que les conflits avec l'Iran s'intensifiaient.







