Une investigation du Irish Times met en lumière un paradoxe compliqué : alors que l'Irlande réaffirme son soutien à l'Ukraine, sa production d'alumine semble jouer un rôle dans l'approvisionnement militaire russe.
De l'Eire à la Sibérie
Selon cette enquête menée en collaboration avec le consortium OCCRP, l'alumine produite dans l'usine d'Aughinish est exportée vers des fonderies russes appartenant à Rusal. Ce matériau est ensuite fourni à la société ASK, qui approvisionne plusieurs fabricants d'armements en Russie, impliqués dans la production de chars et de missiles.
Le Premier ministre irlandais, Micheál Martin, a reconnu les inquiétudes concernant l'utilisation de l'alumine dans l'effort de guerre russe : "L'alumine n'a pas été sanctionnée, mais nous sommes préoccupés par ces informations".
Un lobbying intense pour exempter l’usine
Le gouvernement irlandais a plaidé pour que l'usine d'Aughinish soit exemptée de sanctions, arguant que son activité est essentielle à l'industrie européenne, notamment dans les secteurs de l'aviation et de l'automobile, représentant environ 30 % des besoins en alumine.
Martin a exprimé la nécessité d'un "juste équilibre", cherchant à nuire à la Russie sans compromettre les emplois locaux ni la souveraineté industrielle.
Vers de nouvelles sanctions ?
Aughinish Alumina insiste sur sa conformité avec la législation européenne, mais David O'Sullivan, un envoyé de la Commission européenne, a suggéré que des embargos pourraient devenir nécessaires. Une telle décision entraînerait une interdiction totale des ventes à la Russie, au risque d’affecter gravement l'économie locale du comté de Limerick, avec des retombées économiques considérables.







