"C'était un véritable tsunami dans ma vie. J'ai perdu près de 20.000 euros, sombré dans la dépression et me suis éloignée de ma famille." Soraya Kolli, 46 ans, a partagé son expérience traumatique de quatre ans sous l'emprise de Sonia M., une coach en développement personnel qui l’a ruinée émotionnellement et financièrement. Pour elle, Sonia est devenue un "gourou" dont le contrôle a transformé ses années en un « cauchemar », comme elle l’a confié à BFM.
Lors de séminaires organisés à travers la France, Sonia M. humiliait ses clients, les rabaissant à chaque occasion, tandis qu'elle prétendait détenir des compétences qu'elle n'avait pas. "Elle nous trouvait des pathologies psychiatriques", se remémore Soraya. "Elle a même affirmé que j'avais des traits de perversité."
Le procès de Sonia M. s'ouvre ce lundi 23 mars au tribunal correctionnel de Rennes, où elle est accusée d'abus frauduleux et d'usurpation de titres. Ses actes auraient touché 38 personnes entre août 2016 et mars 2024.
Des pratiques non régulées
Cette réalité évoque le film Gourou, dans lequel un coach exploite la vulnérabilité de ses adeptes. La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) souligne que sans régulation, le champ du coaching devient un terrain fertile pour des abus. "Le coaching est un secteur en pleine croissance, mais si son succès vient du désir des gens de s'améliorer, il peut également mener à des dérives", avertit Didier Pachoud, président du Groupe d'étude des mouvements de pensée.
Bien que toutes les pratiques de coaching ne soient pas nuisibles, les témoignages de victimes évoquent un processus d'emprise qui commence souvent par une phase de séduction. Cette entrave à la libre pensée peut conduire à des conséquences désastreuses, jusqu'à des tentatives de suicide, comme l’a rapporté BFM.
Des coûts émotionnels et financiers élevés
Des participants témoignent également de pertes financières significatives allant jusqu'à 70.000 euros pour des formations. "Le coaching semble offrir des solutions à portée de main, mais au final, c'est souvent un piège“, constate Francine Caumel, vice-présidente du Centre contre les manipulations mentales.
En plus des pertes pécuniaires, l’impact psychologique peut être dévastateur. Les experts s’accordent à dire que ces coachs exploitent les vulnérabilités des individus, exacerbées par des événements de vie difficiles, comme une rupture ou un deuil, rendant ainsi les victimes plus susceptibles de les croire et de s’y soumettre.
Le besoin urgent de régulation
Pour de nombreux experts, il est impératif d'établir un cadre réglementaire autour du coaching. "Les mots peuvent cacher des abus sous-jacents", alerte Pascale Duval, porte-parole de l'Unadfi. "Un contrôle de la profession pourrait aider à séparer les véritables accompagnateurs de ceux qui exploitent la faiblesse des autres pour des gains personnels."
La société doit être consciente des risques liés à ces pratiques non encadrées. La reconnaissance de l'emprise exercée par certains coachs sur leurs clients peut contribuer à libérer de nombreuses victimes d'un cycle d'abus.







