Sur les six millions d’enfants scolarisés en France en écoles maternelles et élémentaires, 89 % bénéficient de services périscolaires, devenues essentielles pour de nombreuses familles. Toutefois, cette sphère, souvent négligée, est qualifiée par Victoire Haffreingue-Moulart, journaliste et auteur du livre enquête Les Rois du silence, de « véritable angle mort de la protection de l’enfance ».
Les lacunes du système sont alarmantes : animateurs mal formés, précarité extrême, méthodes de recrutement hasardeuses et absence de contrôle rigoureux sont autant d’éléments réunis, selon Haffreingue-Moulart, qui contribue à faire du périscolaire un secteur à risques. L’autrice relie son enquête aux scandales de violences sexuelles survenus à Paris, et s’appuie sur des témoignages recueillis dans plusieurs villes : Strasbourg, Lille, Lyon et Marseille, entre autres.
« À la lumière des affaires révélées, nous avons pris conscience des graves manquements du système. Les failles sont béantes », déclare Haffreingue-Moulart en évoquant des situations tragiques survenues dans des établissements.
Un constat alarmant
Le livre dévoile un panorama sombre : violences éducatives, négligences mortelles, prises en charge inadaptées des enfants en situation de handicap, et violences sexuelles sont autant de sujets examinés. À Colmar, un enfant a rapporté que l’une des agents municipales a souhaité qu'ils se noient alors qu’ils se dirigeaient vers la piscine. En Vendée, des enfants ont été soumis à des pompes sur graviers en guise de punition.
Plus de 70 parents et une cinquantaine de professionnels, dont des experts, ont été interviewés. Les résultats montrent une formation inadéquate des animateurs, souvent détenteurs uniquement du BAFA, diplômés à 16 ans, sans réelle expérience professionnelle.
Précarité et mépris
La disparité des pratiques entre collectivités locales est frappante, certains établissements choisissant de ne pas se déclarer en tant qu'« accueil collectif de mineurs », échappant ainsi à des règles de sécurité cruciales. Haffreingue-Moulart, qui a également exercé comme animatrice, a observé une véritable coupure entre l’enseignement et le périscolaire, constatant un mépris ressenti tant de la part des enseignants que des parents.
Des tragédies évitables
Le livre aborde des cas tragiques, tels que celui de Nassim, un élève de CP qui a failli perdre la vie en 2024 à cause d’une fracture non diagnostiquée. Les familles sont laissées dans l'angoisse alors que les infrastructures manquent de réelles régulations. De plus, les histoires de violences sexuelles évoquées ne se limitent pas à Paris : dans le Nord, un animateur a été maintenu en poste malgré des accusations graves.
« Pour l’État, il est présentable de faire croire que ces problèmes sont circonscrits à la capitale, mais cela ne fait que camoufler une crise plus profonde », conclut l'autrice. Elle souligne que la réponse, toute tardive qui pourrait être, des autorités doit désormais passer par une réforme sérieuse afin de protéger nos enfants.







