Lors d'une interview sur "La Matinale" le 14 mai, le professeur Bruno Mégarbane, chef du service de réanimation à l’hôpital Lariboisière à Paris, a exprimé son optimisme quant à la gestion du hantavirus en France. Selon lui, la situation actuelle semble maîtrisée, malgré quelques cas recensés.
Jean-Baptiste Marteau : Le bulletin de l'OMS a rapporté 11 cas, dont 3 décès. Le fait que 8 de ces cas correspondent à la souche originelle du hantavirus semble rassurant, non ?
Bruno Mégarbane : Absolument. Nous connaissons ce virus depuis plusieurs décennies. Les analyses génomiques récentes montrent une stabilité génétique, ce qui implique que ce virus n’a pas connu de mutations susceptibles d’augmenter sa virulence ou sa transmissibilité. On peut donc s’attendre à une contagiosité similaire à celle observée en Argentine.
Jean-Baptiste Marteau : Pour résumer, s'agit-il toujours de l'hantavirus des Andes ? Cela signifie-t-il qu'une mutation dangereuse reste possible dans les prochaines semaines ?
Bruno Mégarbane : Effectivement, les virus sont connus pour muter à chaque reproduction de leur matériel génétique. Toutefois, étant donné le faible nombre de cas chez l'humain, le risque de mutations significatives est très limité.
David Lefort souligne l'importance d'un faible taux de contamination pour réduire le risque de mutations. Plus le virus est isolé, moins il a de chances de se multiplier.
Jean-Baptiste Marteau : Les cas actuellement identifiés proviennent tous d’un même bateau, ce qui est réconfortant. Or, il n’y a pas d’autres contaminations connues parmi les contacts.
Bruno Mégarbane : C’est une information cruciale. Si des contacts avaient été contaminés, cela aurait compliqué la situation. L’absence de contamination parmi les contacts est un facteur d'optimisme, confirmant les données observées en Argentine sur de nombreuses années.
Jean-Baptiste Marteau : Que pensez-vous de la durée d'isolement des contacts ? Quand pourra-t-on réellement juger qu'il n'y a plus de danger de pandémie ?
Bruno Mégarbane : La période d'incubation peut aller jusqu'à six semaines, ce qui complique le suivi. Bien que des tests réguliers soient effectués, il reste une incertitude quant à l'apparition de symptômes, même si cela ne signifie pas que l'épidémie est incontrôlable.
David Lefort précise que la période d'observation s’étend jusqu'à 42 jours pour sécuriser l'ensemble des cas contacts. Le protocole est rigoureux en France, où ceux en contact avec des potentiels porteurs sont systématiquement hospitalisés.
Jean-Baptiste Marteau : Des approches différentes sont observées chez nos voisins européens, notamment au Royaume-Uni, où 6 individus sont déjà sortis de l'hôpital pour s'isoler chez eux. Cela vous inquiète-t-il ?
Bruno Mégarbane : Peut-être que les autorités britanniques font confiance aux citoyens, mais leur approche peut être considérée comme moins stricte. Le respect de l’auto-quarantaine est essentiel, et la France adopte une stratégie plus rigoureuse, assurant une meilleure surveillance des cas.
Jean-Baptiste Marteau : Qu’en est-il des États-Unis ? Les restrictions semblent très différentes là-bas, ce qui soulève des inquiétudes sur la coordination des réponses sanitaires.
Bruno Mégarbane : Les États-Unis, en dehors de l’OMS, traitent la question différemment. Il est vrai que leur gestion pourrait mener à une meilleure dispersion du virus s’il se propageait.
Jean-Mathieu Pernin : Avec la Coupe du Monde qui approche, ce contexte pourrait-il aggraver la situation américaine ?
Bruno Mégarbane : Actuellement, le virus est limité à l’Amérique du Sud et ne circule pas aux États-Unis. Toutefois, une vigilance reste nécessaire en cas d’apparition de nouveaux cas.
Jean-Baptiste Marteau : Récemment, la France a montré une réactivité exceptionnelle face à cette crise. Avez-vous le sentiment que les leçons du Covid-19 ont été tirées ?
Bruno Mégarbane : Oui, il est normal de prendre des mesures de précaution. La gravité de ce virus souligne l'importance d'une réponse rapide et structurée dans la gestion de crises sanitaires.
Alix Bouilhaguet : Le changement récent vers l’hospitalisation des contacts a-t-il été influencé par la rapidité des symptômes chez certaines personnes ?
Bruno Mégarbane : Le développement rapide de symptômes graves a conduit à une plus grande prudence des autorités sanitaires.
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