En proie à une crise persistante, les pêcheurs, certains contraints de rester à quai, expriment des inquiétudes face à l'augmentation vertigineuse des prix des carburants. Ils estiment que les nouvelles aides gouvernementales, bien qu'appréciées, ne seront guère suffisantes pour remédier à leur situation précaire.
La ministre de la Mer, Catherine Chabaud, a précisé que cette aide serait accordée sur présentation des factures. Toutefois, José Jouneau, président du comité ligérien des pêches, souligne que cela ne suffira pas à sortir le secteur de cette spirale de crises. "C'est un premier pas, mais ce n'est pas assez," déclare-t-il à l'AFP.
L'énergie, un poids lourd pour les chalutiers
Selon l'Association nationale des organisations de producteurs (ANOP) et l'Union des armateurs à la pêche de France (UAPF), même si cette mesure représente une "bouffée d'oxygène", elle reste largement insuffisante pour de nombreux pêcheurs. D'après les données de la Coopération maritime, le prix du gazole marin a grimpé de 65% depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, atteignant jusqu'à 1,20 euro le litre.
Ce surcoût est particulièrement pesant, un chalutier ayant besoin de 12.000 litres de carburant peut voir ses frais monter à 6.000 euros par semaine, une somme considérable en regardant la globalité de leur chiffre d'affaires. Grégory Lefer, directeur de l'armement cherbourgeois, confirme que malgré tout, les prix du poisson n'augmentent pas encore, laissant les marins en grande difficulté financière.
Flotte vieillissante et crise latente
Le secteur est également aux prises avec une flotte vieillissante, dont la taille a diminué d'un tiers en 25 ans. La moyenne d'âge des navires atteignant actuellement 30 ans, un renouvellement urgent des équipements est requis. La crise post-Brexit a aussi exacerbé la situation, en entraînant la destruction de nombreux navires.
A Boulogne-sur-Mer, premier port de pêche en France, les témoignages de marins forcés de rester à quai abondent, témoignant de la gravité de la situation actuelle, jugée "historique" par Mathieu Descharles.
Appel à un engagement politique
Les pêcheurs bretons ont par ailleurs exigé des aides directes au prix du carburant pour éviter des conséquences désastreuses sur la souveraineté alimentaire. Dimitri Rogoff, représentant des pêcheurs normands, partage cette inquiétude, signalant une exposition potentielle à des acteurs étrangers si la situation perdure.
La ministre Chabaud prévoit de solliciter la Commission européenne pour la mise en œuvre de nouvelles mesures d'aide et pour adapter le cadre juridique aux besoins de décarbonation et de renouvellement de la flotte française, une demande réclamée de longue date par les acteurs du secteur.







