Le monorail tout nouvellement inauguré du Caire transforme l'horizon de la ville, dominant les embouteillages et le bruit incessant de la circulation classique. Ce mode de transport futuriste offre une pause bien méritée dans le tumulte quotidien des égyptiens.
Ramy Sayed, un restaurateur de 44 ans, exprime son étonnement face à l'expérience tranquille qu'offre le monorail. "On a l'impression d'être dans un autre pays", confie-t-il à l'AFP, soulignant une absence de bruit et de circulation peu familière.
Avec un investissement de 4,5 milliards de dollars, ce projet ambitieux est l'un des éléments phare du programme de développement des infrastructures égyptiennes, malgré les critiques qui l'accompagnent concernant ses coûts et ses répercussions sur la population.
Le tracé s'étend sur 56 kilomètres et relie le quartier densément peuplé de Nasr City à la nouvelle capitale administrative, une métropole tentaculaire dont le développement a coûté 58 milliards de dollars. Une seconde ligne de 43 kilomètres est prévue pour relier la rive ouest du Nil à la Ville du 6 Octobre, proche des pyramides de Guizeh.
Les autorités affirment que le monorail est essentiel pour désengorger le trafic, réduire la consommation de carburant et attirer des investissements étrangers. Cependant, des voix critiques estiment que même avec sa capacité de 45 000 passagers par heure, il ne répondra qu'aux besoins d'une poignée des 26 millions d'habitants du Grand Caire, où beaucoup dépendent encore des transports en commun traditionnels.
À Nasr City, aux heures de pointe, la réalité du terrain semble justifier ces critiques. À la surface, le bruit des minibus résonne partout, tandis que dans les stations de métro, la foule se presse dans des wagons saturés.
Osama Okeil, professeur à l'université Ain Shams, critique le choix de développer un système de monorail dans une zone peu peuplée, suggérant que les gouvernements devraient plutôt investir dans les infrastructures existantes pour desservir une plus grande partie de la population à moindre coût.
Pour certains passagers, comme M. Sayed, le monorail représente une amélioration significative. "Avant, je devais changer deux fois de microbus, ce qui était inconfortable. Maintenant, c'est plus simple", explique-t-il.
Les tarifs, oscillant entre 20 et 80 livres égyptiennes (0,38 à 1,53 dollar), peuvent représenter une demi-journée de salaire pour les travailleurs journaliers, ce qui soulève des questions sur l'accessibilité du service. Khaled Nazeer, jeune travailleur de 22 ans, apprécie les économies réalisées sur ses trajets quotidiens vers la nouvelle capitale, même si le site lui-même reste largement sous-populé.
Lors d'un vendredi banal, une poignée de curieux empruntent le monorail, filmant leur voyage à travers des paysages mixtes de béton et d'espaces désertiques. "Ça a l'air joli, mais on n'a pas l'impression que c'est fait pour des gens comme nous", déplore Ahmed Gomaa, 30 ans. La question demeure : ce projet ambitieux saura-t-il réellement transformer le quotidien des Égyptiens?







