Le site pornographique Motherless a été fermé le 9 mai suite à un signalement au procureur et à l'Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique). Cette plateforme, qui comptait plus de 20 000 vidéos, incluait une catégorie dédiée au viol de femmes endormies ou droguées, et avait attiré pas moins de 62 millions de visites en février. Malgré la médiatisation de cas comme les viols de Mazan, pourquoi ce type de contenu continue-t-il de prospérer?
Lorsque l’on tente d’accéder à Motherless, le message affiché est clair : "Page web bloquée". La ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, a annoncé que la plateforme, accusée de "commerce du viol de femmes", est désormais hors ligne. Ce signalement fait suite à des enquêtes révélant l’existence d’un réseau dédié à la diffusion de contenus pornographiques illégaux. Des enquêtes comme celle de CNN mettent en lumière une "académie du viol", où des hommes échangent des techniques pour violer des femmes. Ce phénomène soulève des questions profondes sur les motivations de consommateurs de ce type de contenus.
Une normalisation inquiétante de la violence
Les chiffres sont alarmants. La chercheuse Vigdis Morisse-Herrera explique que la consommation de contenus de plus en plus violents devient courante. "Le curseur s’est déplacé vers des vidéos de plus en plus 'hard'. Plus c’est atroce, plus ça suscite de l’intérêt", résume-t-elle. Cette addiction à la violence s'intègre dans un schéma où les comportements dans la vie réelle peuvent être influencés par ce que les utilisateurs visualisent en ligne.
Les experts s’accordent à dire que la France est particulièrement touchée par cette dérive. En effet, elle figure parmi les pays les plus consommateurs de pornographie au monde. Comment ces plateformes continuent-elles de fonctionner sans mesures réelles de régulation? La réponse se situe souvent dans une logique financière. Les vidéos violentes attirent des dizaines de milliers de vues, rendant leur suppression économiquement coûteuse pour l’industrie pornographique.
Un combat à poursuivre
La fermeture de Motherless s’inscrit dans une vague d’initiatives gouvernementales visant à éradiquer ces contenus. Aurore Bergé a déclaré sur X que ces contenus n’étaient pas simplement "adultes", mais bien "criminels". Bien que cette démarche soit applaudie, Vigdis Morisse-Herrera met en garde contre le fait qu'il existe des contenus qui continuent à être tolérés, incitant à une réflexion plus globale sur les violences véhiculées par l’industrie pornographique. Un rapport du Haut Conseil à l’Égalité révèle que plus de 90 % des contenus pornographiques contiennent des violences envers les femmes.
Pour que la fermeture de sites comme Motherless ait un impact réel, des changements législatifs et judiciaires doivent être mis en place. Morisse-Herrera appelle à une véritable investigation sur les crimes et à une écoute des victimes. Actuellement, le taux de classement sans suite des plaintes pour violences sexuelles est de 86 %, atteignant 94 % pour celles concernant des viols, ce qui souligne le besoin urgent d'action concrète.







