Le timing est idéal pour Daniel Kretinsky. Il y a une semaine, cet homme d'affaires tchèque a finalisé la cession de 50% de son empire énergétique à TotalEnergies pour 5,1 milliards d’euros. Le 29 avril, il a vendu au pétrolier français la moitié de son groupe EPH, qui possède de nombreuses centrales à gaz et biomasse au Royaume-Uni, en Italie et aux Pays-Bas. TotalEnergies a choisi de régler cette transaction par l'apport d'actions plutôt qu'en espèces.
Le propriétaire de Casino et bientôt également de Fnac Darty a ainsi récupéré 4,2% du capital de TotalEnergies, juste avant l'assemblée générale du groupe prévue fin mai. En signant cet accord trois mois avant le début du conflit en Iran, Kretinsky a sécurisé un prix de 54 euros par action. Aujourd'hui, l'action atteint près de 80 euros, boostée par la flambée des prix du pétrole, liée aux tensions dans le détroit d'Ormuz. Cela lui confère une plus-value latente de 2,3 milliards d’euros.
Lors de l'annonce de l'accord, Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, avait affirmé que les termes de la transaction étaient immuables. "Le nombre d’actions est fixé aujourd’hui quoi qu’il se passe jusqu’à la finalisation de l’opération", avait-il précisé devant les analystes le 17 novembre dernier. À cette époque, Pouyanné était préoccupé par le risque de baisse des prix du gaz en raison de la surcapacité du marché, notamment en raison de nouveaux champs gaziers programmés au Qatar.
Kretinsky envisage d'augmenter sa participation
Kretinsky ne compte toutefois pas encaisser sa plus-value immédiatement. Il se déclare être un "actionnaire de référence à long terme" et a pris l'engagement de ne pas vendre ses actions dans l'année à venir.
Il devrait déjà percevoir 340 millions d’euros de dividendes cette année grâce à sa participation. Selon des informations rapportées par Le Monde, Kretinsky envisageait dès le départ d'augmenter sa participation à 5% du capital, afin de bénéficier d’avantages fiscaux.
Cependant, à près de 80 euros l’action, ce projet nécessiterait un investissement d'environ 1,6 milliard d’euros, soit une hausse de 40% par rapport au prix initial.
"Daniel Kretinsky va devoir faire le calcul entre le coût de l'achat supplémentaire et les économies fiscales potentielles", explique un expert en finances interrogé.
Pour sa part, Patrick Pouyanné se dit heureux de l'arrivée de Kretinsky au sein du capital de TotalEnergies et souhaite que ce dernier reste un actionnaire européen. Il préconise néanmoins que les employés demeurent les principaux actionnaires, avec 8,9% des parts.
Avec ce nouvel actionnaire solide, Pouyanné pourra s'appuyer sur un soutien financier pour envisager son renouvellement de mandat à la tête de TotalEnergies l'année prochaine. À 64 ans lors de l'assemblée générale de 2027, il pourrait obtenir un cinquième mandat jusqu'en 2030, en accord avec les statuts du groupe, qui stipulent que le directeur général ne doit pas avoir plus de 67 ans. Il pourrait par la suite dissocier les fonctions de PDG pour rester président jusqu'à ses 70 ans en 2033.







