Une attente interminable pour des milliers de foyers
Alors que la rénovation énergétique est désormais une priorité nationale, la lenteur du traitement des dossiers freine de nombreux projets. Certains particuliers attendent depuis près d’un an sans aucune visibilité sur le versement de leur prime. L’association Ithaque, spécialisée dans l’accompagnement des ménages, révèle qu’environ 45 000 dossiers seraient en attente de traitement à ce jour. Le parcours administratif est devenu si complexe que plusieurs artisans et mandataires ont récemment manifesté devant le siège de l’Agence nationale de l’habitat (Anah) en mai 2025 pour dénoncer cette situation.
Ce constat n’est pas nouveau. En février 2024, l’UFC-Que Choisir alertait déjà sur la dérive bureaucratique de MaPrimeRénov’, mettant en lumière une multiplication des blocages et un manque de réactivité. Un an plus tard, les retards semblent s’aggraver.
Des chiffres officiels qui peinent à convaincre
Face aux critiques, l’Anah tente de rassurer. Dans un communiqué récent, elle présente des chiffres qui lui semblent positifs :
- Type de rénovation
- Délai moyen avant engagement
- Délai moyen de paiement
- Rénovation par geste : 63 jours avant engagement, 49 jours de paiement
- Rénovation d’ampleur : 105 jours avant engagement, 35 jours de paiement
Cependant, ces moyennes officielles sont largement contestées par les acteurs de terrain, Ithaque signalant que certains dossiers dépassent 300 jours entre le dépôt initial et le versement final de l’aide.
Des causes multiples, mais des conséquences bien concrètes
Pourquoi de tels retards ? Plusieurs facteurs se cumulent depuis début 2024 :
- L’adoption tardive du budget 2025, en février, a causé un embouteillage administratif avec des milliers de dossiers en suspens.
- Une hausse des demandes indique un engouement croissant pour la rénovation énergétique, accentuant ainsi la pression sur les services de l’Anah.
- Le renforcement des contrôles antifraude, justifié par un taux supposé de 1 dossier sur 10 étant frauduleux, a également contribué à la lenteur du traitement des demandes légitimes.
En 2024, l’agence affirme avoir évité 229 millions d’euros de fraudes, mais cette vigilance ralentit également le traitement des demandes valides.
Des rénovations plus ambitieuses mais plus complexes
Un changement clé est le basculement vers des rénovations d’ampleur, plus techniques que des gestes isolés. Danyel Dubreuil, coordinateur du réseau Cler, souligne que ces travaux, bien que bénéfiques pour la performance énergétique, nécessitent des vérifications rigoureuses et compliquent le montage des dossiers.
Pour sortir de cette impasse, plusieurs leviers sont nécessaires :
- Renforcer les équipes de l’Anah pour mieux gérer le volume des demandes.
- Mieux former les conseillers territoriaux pour aider les ménages à constituer des dossiers complets.
- Numériser davantage les démarches, tout en offrant un accompagnement humain pour les publics fragiles.
Beaucoup d’usagers peinent à maîtriser les plateformes en ligne, rendant indispensable un soutien de proximité bien organisé.
Malgré ses défaillances, MaPrimeRénov’ demeure un outil essentiel pour lutter contre la précarité énergétique et réduire les émissions de gaz à effet de serre. Au premier trimestre 2025, l’Anah a déclaré avoir aidé plus de 63 000 ménages, dont 17 178 pour des rénovations lourdes. Néanmoins, cette aide reste insuffisante si l’expérience utilisateur n’est pas profondément améliorée.
Chaque retard non seulement impacte la qualité de vie des foyers, mais menace également l’atteinte des objectifs climatiques de la France. L’administration doit donc tenir compte des besoins des bénéficiaires et réaliser une refonte organisationnelle urgente.
Source : UFC Que Choisir







