Pour de nombreux locaux, l'annonce du carnaval est synonyme d'un week-end d'angoisse. Françoise, résidente près de la place Jean-Jaurès, décrit son expérience comme un véritable « cauchemar ». Bien qu'elle apprécie l'esprit carnavalesque, elle déplore « les excès qui transforment le quartier en zone de non-droit. Les pompiers nous disent qu'ils ne peuvent pas intervenir tellement il y a de monde. »
Chaque année, la densité de la foule augmente dès le début de l'après-midi. « À aucun moment, les participants ne se rendent compte qu'il y a derrière les fenêtres des familles, des gens qui travaillent le lendemain », souligne-t-elle. Sa voisine Fatima partage ce sentiment de lassitude. Armée de vidéos, elle illustre son propos en montrant « les fumées, les pétards, les cris, et ces odeurs d'urine insupportables qui l'empêchent même d'accéder à sa voiture ».
Des dégradations et des blessures : un passé qui inquiète
Le passé récent du carnaval n'est guère propice à l'apaisement. Les éditions précédentes ont été marquées par des dégradations majeures : mobilier urbain détruit, caméras de surveillance incendiées. En 2023, 23 interpellations ont eu lieu pour des faits de violence et d'insoumission. L'an dernier, neuf policiers avaient été blessés, et en 2025, ils étaient six à avoir subi des blessures. Les forces de l'ordre rapportent également des attaques avec des bouteilles, des canettes et parfois même des morceaux de mobilier.
Cela ne fait qu'ajouter à la frustration de certains habitants qui estiment que la sécurité n'est plus garantie durant cet événement devenu massif. Fatima se souvient d'incidents où des participants ont tenté d'accéder au toit de son immeuble, brisant la porte à coups de pied, la forçant à s'interposer, tant ils étaient alcoolisés.
Fête ou restrictions strictes ?
Pour d'autres, néanmoins, le carnaval représente « l'un des derniers espaces gratuits et festifs de la ville ». Assis à une terrasse, un groupe de jeunes exprime leur joie : « Ça fait du bien d’avoir un peu de liberté, dans un monde où il se passe tant d’horreurs. » Une autre ajoute : « Je vais courir, crier, faire n’importe quoi, et je m’en fiche ! » Pour ceux qui craignent le bruit, elles estiment que ce festival a toujours existé et qu'il revient aux riverains de s'adapter.
Face à cette dualité, la préfecture a décidé de renforcer la sécurité avec des mesures strictes. Plusieurs interdictions sont en vigueur : détention et transport d'objets susceptibles d'être utilisés comme armes, port d’artifices de divertissement, vente d'alcool à emporter, ainsi que de carburants. Tout manquement peut entraîner des peines de six mois d'emprisonnement et une amende de 7 500 euros.







