Quatre universités de l'Ouest de la France se sont unies pour un projet fascinant d'archéologie expérimentale. Leur ambition : reconstruire une tombe médiévale au sein de l'abbaye royale d'Épau, à proximité du Mans, en utilisant précisément les outils qui étaient disponibles à l'époque. Ce programme innovant allie tourisme, patrimoine et recherche scientifique.
Dans la commune d'Yvré-l'Évêque, des élèves et des chercheurs des universités de Poitiers, Nantes, Bordeaux et Le Mans se mettent au travail. Leur projet consiste à ressusciter la tombe d'un abbé décédé il y a près de mille ans. Ils se concentrent sur la reproduction d'une plate-tombe, une dalle de pierre qui recouvre traditionnellement un cercueil. Le financement de cette reconstitution archéologique provient du département de la Sarthe, qui a alloué 10 000 € pour ce projet ambitieux.
Chloé, une étudiante en master de patrimoine à l'université du Mans, s'active sur un bloc en calcaire, tentant de graver à la manière des tailleurs de pierre du Moyen Âge. "J'essaie de réaliser la lettre 'i' en majuscule, mais ce n'est vraiment pas aisé..." explique-t-elle. Equipés d'outils en bois et en fer, les étudiants n'ont pas accès aux technologies modernes. "Nous avons un ciseau et un percuteur. Nous devons frapper pour essayer de graver la lettre." Cela fait partie de l'archéologie expérimentale, un domaine qui cherche à élucider les techniques de travail des hommes d'autrefois. "Les cours théoriques sont intéressants, mais la pratique est réellement captivante. C'est bien plus tangible."
Au cours d'une période de 18 mois, les participants ont gravé, taillé et expérimenté diverses méthodes pour produire cette plate-tombe, représentant un moine inhumé à l'abbaye il y a près de mille ans. Selon Thierry Gregor, enseignant-chercheur en histoire de la taille de pierre à l'université de Poitiers, cette reconstitution enrichit la recherche. "Nous avons appris beaucoup sur la posture du graveur, les outils utilisés, ou que la tombe était peut-être dressée ou allongée. Nous avons pu confirmer de nombreuses théories, ce qui est incroyable."
Les visiteurs de l'Abbaye royale d'Épau auront l'occasion d'admirer le fruit de ce travail acharné dès le week-end du 21-22 mars. Ce projet ne se limite pas seulement à la redécouverte d'une pièce d'histoire, mais en fait également un sujet vivant, qui allie unité académique et engagement pour le patrimoine culturel.







