Quatre ans après les premiers avertissements, les dispositifs d'injection illégaux de botox et d'acide hyaluronique offrent leurs promesses à un public de plus en plus large. Cette tendance s'est amplifiée sur les réseaux sociaux, notamment Instagram et TikTok, où des praticiens non qualifiés ciblent des individus souhaitant combler leurs défauts esthétiques.
"Nous n'avons qu'un seul visage pour la vie. Ne le confiez pas à n'importe qui", a averti le Syndicat national de chirurgie plastique reconstructrice et esthétique (SNCPRE) lors d'une récente conférence. Ce rassemblement visait à alerter sur l'ampleur d'un phénomène qui échappe largement aux autorités judiciaires.
Conformément à la législation, seuls les chirurgiens plasticiens, dermatologues et médecins esthétiques sont habilités à effectuer des actes de médecine esthétique. Malgré les nombreux signalements, le SNCPRE émet la crainte que cette activité illégale continue de fleurir sur les plateformes sociales.
En 2025, l'Ordre des médecins a enregistré un chiffre record de 213 signalements d'interventions esthétiques illégales, et les données préliminaires pour 2026 indiquent déjà 28 cas. Cependant, ces chiffres ne reflètent que la partie émergée de l'iceberg, selon le Dr Hélène Harmand-Icher, présidente de la section santé publique de l'Ordre.
"Nous ne sommes que le dernier maillon d’une chaîne complexe", a-t-elle précisé. En effet, les chirurgiens plasticiens rapportent qu'un à deux patients victimes de complications liées à des injections illégales arrivent dans leur cabinet chaque semaine, ce qui soulève de sérieuses inquiétudes.
Le secrétaire général du SNCPRE, Dr Adel Louafi, a exprimé son inquiétude face à l'absence de sanctions sévères. Sur les 213 signalements de 2025, seulement 20 ont conduit à une action judiciaire pour exercice illégal de la médecine.
Par ailleurs, Me Laëtitia Fayon, avocate du SNCPRE, a mentionné que 33 plaintes étaient actuellement en cours contre divers comptes et centres proposant des services esthétiques non régulés, illustrant la lenteur du processus judiciaire.
Ce phénomène inquiétant a déjà causé des dommages irréparables. Me Fayon a cité une affaire notable concernant l'institut de beauté Aunessa à Lyon, soupçonnée de pratiquer des injections par des non-professionnels. Malgré des poursuites, les responsables continuent d'exercer.
Les conséquences pour les patients sont graves, avec des complications telles que nécroses et infections découlant de pratiques douteuses. Le Dr Jean-François Delahaye a mis en avant des cas extrêmes où des injections étaient faites avec des substances non identifiées, allant jusqu'à de l'huile d'olive.
Les autorités sanitaires, de leur côté, continuent d'émettre des alertes. En 2024, plusieurs cas de botulisme ont été attribués à ces injections illégales, faisant craindre une banalisation de la situation.
Les professionnels s'accordent à dire que la mobilisation contre ces pratiques doit être renforcée, appelant à une meilleure coordination entre le secteur judiciaire et celui de la santé pour protéger le public.







