Malgré les mises en garde répétées, le phénomène des injections esthétiques illégales, notamment de botox et d'acide hyaluronique, connaît une croissance alarmante en France. Des acteurs du domaine médical constatent avec une inquiétude croissante que ce marché échappe pratiquement à tout contrôle judiciaire.
Quatre ans après les premières alertes, les professionnels de santé notent une hausse continue de ces pratiques réalisées en dehors des circuits médicaux. Le Syndicat national de chirurgie plastique reconstructrice et esthétique (SNCPRE) a récemment organisé une conférence de presse pour dénoncer la situation. "On n’a qu’un seul visage et il nous accompagne toute notre vie. Ne le confiez pas à n'importe qui", a averti un porte-parole du syndicat.
Les injections illégales sont largement promues sur les réseaux sociaux tels qu'Instagram et TikTok par des professionnels autoproclamés, offrant des traitements pour gommer les cernes ou remodeler le visage à des prix très attractifs. Cependant, ces actes, pratiqués par des non-spécialistes, mettent en danger la santé des patients, souvent des jeunes femmes à la recherche d’une solution facile.
Un marché en pleine expansion
Malgré les efforts des autorités sanitaires, le nombre d'injections illégales ne cesse d'augmenter. En 2025, l'Ordre des médecins a enregistré 213 signalements d'actes médicaux illégaux à visée esthétique, un chiffre record. Toutefois, selon le Dr Hélène Harmand-Icher, présidente de la section santé publique de l’Ordre, ces chiffres sont très en deçà de la réalité constatée sur le terrain. "Nous ne sommes que le dernier maillon de la chaîne", précise-t-elle.
Le Dr Adel Louafi, secrétaire général du SNCPRE, alerte sur le fait que les chirurgiens plasticiens reçoivent au moins une patiente par semaine souffrant de complications dues à des injections illégales.
Une réponse juridique insuffisante
Sur ces 213 signalements, seulement 20 ont conduit à une saisine du procureur pour exercice illégal de la médecine, illustrant ainsi le manque de réactivité de la justice. La lenteur des procédures judiciaires laisse de nombreuses victimes dans l'incertitude. Le dossier concernant l'institut de beauté lyonnais Aunessa, par exemple, reste en cours d'instruction, malgré la mise en examen des gérantes.
Le SNCPRE souligne que la justice ne semble pas suffisamment dissuasive pour ces pratiques. "Ces faux praticiens continuent de travailler malgré les plaintes", souligne Me Laëtitia Fayon, avocate du syndicat.
Des risques sanitaires alarmants
Les risques liés aux injections illégales sont graves. Des cas de botulisme et d'infections graves ont déjà été signalés, nécessitant des interventions médicales urgentes. Les services de santé insistent sur le fait que la banalisation de ces pratiques est particulièrement inquiétante. Les médecins appellent à un renforcement des contrôles sanitaires et d'une meilleure coordination avec le système judiciaire pour protéger les patients.
Des experts, comme le Dr Jean-François Delahaye, mettent également en lumière la qualité médiocre des produits utilisés, souvent des contrefaçons ou mal stérilisés, ce qui peut entraîner des complications sévères, allant jusqu'à la déformation irréversible du visage.
En somme, bien que le phénomène des injections esthétiques illégales soit largement documenté et dénoncé, la lutte contre ce fléau nécessite des actions urgentes et résolues de la part des autorités compétentes pour garantir la sécurité des patients.







