Un rapport du Future of Technology Institute (FOTI) met en lumière la dépendance inquiétante des États européens envers les services cloud américains, posant ainsi des questions cruciales concernant la sécurité nationale. Plus de 75 % des pays européens intègrent ces technologies dans leurs infrastructures critiques, un choix qui pourrait avoir des répercussions bien plus graves que la simple efficience technologique.
Dans son étude, FOTI examine les données publiques issues des ministères de la Défense, des médias et des marchés publics, révélant que 23 des 28 pays analysés reposent sur des services de géants américains comme Microsoft, Google et Amazon. Parmi eux, 16 sont particulièrement exposés à des risques significatifs liés à la capacité des autorités américaines de désactiver des services numériques, évoquée comme un potentiel « kill switch ». Un phénomène façonné par le climat géopolitique actuel, marqué par des tensions internationales et la guerre en Ukraine, où des interruptions de service ont déjà été observées.
Les chercheurs soulignent qu’au-delà du risque d’interruption, il existe une inquiétude plus profonde liée à la dépendance juridique des systèmes européens. Même les services cloud dits « souverains », offerts par ces multinationales, ne garantissent pas une protection adéquate. En effet, le Cloud Act de 2018 permet aux autorités américaines d’exiger l’accès à des données, même lorsque celles-ci sont stockées sur le sol européen. Ce contexte soulève des préoccupations sur la protection des informations des citoyens européens, tout comme la possibilité d’une limitation des mises à jour de sécurité lors de sanctions.
Les mises en garde de Jean Tirole
Cette situation préoccupante a trouvé un écho dans les déclarations de Jean Tirole, économiste et lauréat du prix Nobel, qui a récemment alerté sur les implications à long terme de cette dépendance sur la démocratie européenne. Dans une interview accordée à La Dépêche, il a mentionné que les citoyens européens déposent déjà des informations sensibles sur des plateformes étrangères, ce qui ouvre la porte à des abus potentiels par les autorités américaines, fragilisant ainsi les fondements démocratiques du continent.
Pour contrer ces menaces, des initiatives nationales et européennes commencent à voir le jour. La France, par exemple, se concentre sur une stratégie de souveraineté numérique, avec des investissements dans les infrastructures, l’espace et des technologies innovantes, telles que l’informatique quantique. Cependant, ces efforts doivent surmonter le poids écrasant des géants technologiques américains qui dominent encore le marché mondial.
Cette problématique ne se limite pas à une question économique ; elle touche à la sécurité stratégique à long terme. À l’heure où les tensions internationales prennent de l’ampleur, cette dépendance pourrait devenir un levier de pression ou, pire, une vulnérabilité critiquée pour la sécurité et la stabilité politique de l’Europe.







