À l'approche des élections présidentielles, le dernier rapport du Conseil d'orientation des retraites (COR) prévoyant une augmentation du déficit d'ici 2070 relance la question cruciale de l'âge de départ à la retraite. Roland Cayrol, politologue et chercheur au Cevipof, dépeint un tableau sombre où le financement des retraites devient un sujet épineux pour les candidats.
Le rapport évoque une éventuelle hausse de l'âge de départ à la retraite à 68 ans d'ici 2070. Quelle est la véritable portée de ces prévisions ?
Roland Cayrol souligne qu'après une période de relâchement de l'attention sur la question des retraites, celle-ci retrouve une importance capitale face aux enjeux électoraux. Historiquement, la réforme des retraites est perçue par les électeurs français comme un sujet hautement sensible, d'autant plus que la culture du travail en France est singulière. Les candidats prennent conscience que toute tentative de changement brutal pourrait être politiquement risquée.
La situation est d'autant plus complexe que seule une personne sur 1,7 contribue aux systèmes de pension, alors qu'il y en avait 4 en 1945, comme le rappelle Raphaël Glucksmann dans son ouvrage Nous avons encore envie. La gauche semble divisée, avec des positions allant de l'âge de départ à 60 ans, porté par LFI, à un silence pétrifiant chez les écologistes.
Cayrol s'interroge sur un possible « déni organisé » au sein de ces partis, suggérant que seule une révision totale du système de retraite pourrait sauver la situation. Des idées comme des retraites à points ou un âge pivot, voire des formes de capitalisation, devraient être envisagées pour s'adapter aux nouvelles réalités économiques.
Passons à l'impact sur la droite : l'abandon de la réforme d'Élisabeth Borne à 64 ans a-t-il réellement sonné le glas pour les candidats de centre droit ?
Selon Cayrol, cette question, bien qu’effrayante, nécessitera du courage et de la lucidité économique. Les conditions actuelles de financement des retraites semblent intenable, étant donné la diminution des cotisants face à l’augmentation des bénéficiaires.
En ce qui concerne le Rassemblement National, Jordan Bardella propose une nouvelle approche qui inclut un retrait du modèle traditionnel.
Alors que Marine Le Pen avait toujours défendu un âge de départ fixe, Bardella prend un tournant stratégique, un éventuel signal de fracture au sein du parti. Ce changement est perçu comme un véritable « cataclysme », remettant en question la cohésion du RN, surtout avec un Bardella qui semble décidé à adopter une position plus flexible.
Enfin, que dire d'une potentielle guerre générationnelle entre les baby-boomers et la Gen Z, redoutée dans le rapport du COR ?
Cayrol dépeint une situation complexe où l'augmentation des retraités se heurte à des enjeux de financement de plus en plus ardus, ajoutant que les électeurs âgés représentent un segment primordial de l'électorat français. La dynamique actuelle met en lumière des réalités contrebalançant les intérêts des jeunes générations, exacerbant un dilemme typiquement français.







