Le ministère de la Santé a présenté, le 30 avril, le « parcours coordonné renforcé (PCR) enfance protégée » pour améliorer le suivi médical des jeunes bénéficiaires de l'Aide sociale à l'enfance, souvent marqués par des parcours tumultueux.
Ce dispositif se veut innovant : il inclut le remboursement des soins psychologiques, des bilans de santé systématiques et un suivi médical coordonné, dans l'objectif d'améliorer l'état de santé souvent fragile de ces jeunes. Une étude par l’INSEE a montré que l'espérance de vie des personnes ayant subi des violences durant leur enfance est réduite de vingt ans, soulignant l'urgence d'un tel programme.
Les défis auxquels ces jeunes font face, tels que des traumatismes psychologiques complexes, des problèmes de santé mentale ou des troubles de développement non diagnostiqués, rendent leur prise en charge d'autant plus difficile. Nathalie Vabres, pédiatre, a déclaré : « Ces enfants reçoivent un suivi moins rigoureux que d'autres enfants, alors qu'ils constituent un des groupes les plus vulnérables. »
De nouvelles mesures pour la santé mentale et physique
Le lancement de ce parcours a été inspiré par deux initiatives antérieures, Pegase et Santé protégée, qui ont démontré l'efficacité d'une prise en charge précoce. Ce nouveau dispositif s'adresse à tous les jeunes de moins de 21 ans ayant besoin de protection, que ce soit à domicile ou en institution.
Chaque enfant placé sous la protection de l'enfance sera désormais assuré d'un bilan de santé complet, comprenant des consultations chez des ophtalmologistes, ORL et dentistes, avec un suivi par des structures de coordination. Ces structures auront pour mission de s'assurer que tous les rendez-vous médicaux soient honorés.
Un des résultats les plus prometteurs du programme est l'amélioration de l'accès aux soins de santé mentale. « Les jeunes auront un accès direct à des psychologues et psychomotriciens, sans devoir passer par les centres médico-psychologiques souvent saturés. » a précisé Mireille Rozé, coordinatrice adjointe du programme Pegase.
À Nantes, un suivi de santé sexuelle a été proposé à des filles mineures victimes d'exploitation, et des rendez-vous rapides avec des psychologues ont été obtenus pour des adolescents en détresse. « Les éducateurs doivent gérer de nombreux cas et n'ont pas le temps de prendre en charge chaque enfant individuellement. Les mères, quant à elles, sont souvent accaparées par leurs propres soucis, » souligne encore Nathalie Vabres.
Les équipes de coordination vont établir un réseau de professionnels formés aux besoins spécifiques de ces jeunes, comme l'explique le Dr Vabres. À Nantes, par exemple, des hôpitaux et médecins de ville collaborent pour créer un parcours de soins dédié.
Une étude sur les jeunes suivis par Pegase révèle qu'à l'admission, 60 % d'entre eux présentaient des risques de retard de développement, chiffre qui tombe à 33 % après un an de soin. Ce suivi a également permis de réduire significativement les hospitalisations, entraînant une économie estimée à 241 € par enfant par an. Environ 400 000 jeunes en France sont suivis par l'Aide sociale à l'enfance, mais ils occupent une part disproportionnée des lits hospitaliers en pédopsychiatrie.







