Au cours de sa troisième journée à Cameroun, le pape Léon XIV a exprimé vendredi ses préoccupations concernant l'utilisation de l'intelligence artificielle (IA), dénonçant son potentiel à alimenter "la polarisation, les conflits, les peurs et la violence". Cette déclaration a été faite après une messe rassembleuse à Douala, où plus de 120 000 fidèles s'étaient réunis.
Devant des étudiants de l'Université catholique d'Afrique centrale à Yaoundé, le pontife a critiqué "le remplacement gradual de la réalité par sa simulation". Selon lui, lorsque la simulation s'impose, des bulles inconscientes se forment entre les individus, engendrant une méfiance envers toute différence. "Ce phénomène favorise la polarisation et le conflit, transformant notre relation à la vérité", a-t-il déclaré.
Ces propos surviennent dans un contexte où le président américain Donald Trump est critiqué pour avoir utilisé des images générées par IA à des fins politiques, notamment une représentation iconographique le dépeignant en saint qui a depuis été retirée.
Dans un Cameroun marqué par un gouvernement autoritaire sous la présidence de Paul Biya depuis 1982, le pape a encouragé la jeunesse à "œuvrer pour leur pays" plutôt qu'à migrer. "L'Afrique doit se libérer du fléau de la corruption", a-t-il affirmé.
Léon XIV a également évoqué les ravages environnementaux et sociaux provenant de l'exploitation des ressources naturelles. Dans un continent où l'extraction minière de cobalt, essentielle à l'IA, a des coûts humains et environnementaux élevés, il a mis l'accent sur la mainmise étrangère, notamment celle de la Chine.
- Messe géante -
Vendredi matin, par une chaleur accablante, il a célébré une grande messe en plein air à Douala. Malgré un gouvernement qui espérait un million de participants, seulement 120 000 fidèles étaient présents. "Viva il Papa", criait la foule, agitant des drapeaux du Vatican dans une ambiance festive.
Après la messe, il a visité des patients dans un hôpital catholique puis s'est dirigé vers Yaoundé, où il conclura sa visite par une dernière messe.
L’exubérance avec laquelle il a été accueilli à Cameroun contraste avec sa posture habituelle, adoptant un style plus ferme après avoir été critiqué par Trump. Jeudi, il avait déjà abordé le sujet des nuisances extérieures, soulignant les dangers sur le continent africain.
L'ampleur des ressources naturelles du Cameroun, en particulier le pétrole et les minerais, attire l'attention, mais le pape alerte sur la manière dont ces richesses sont exploitées par des intérêts étrangers. "Le monde est dévasté par quelques tyrans, mais de nombreux frères et sœurs restent solidaires", a-t-il déclaré à Bamenda, dans une région en proie à des conflits internes.
- "Artisans de paix" -
Avec environ 37 % de sa population catholique, le Cameroun bénéficie d'un vaste réseau d'écoles et d'hôpitaux gérés par l'Église, un atout que le Saint-Siège souhaite renforcer.
Devant les autorités, y compris Paul Biya, le pape a prononcé un discours rare en appelant à "démanteler les chaînes de la corruption". Avant d'arriver au Cameroun, il a effectué une visite marquée en Algérie et poursuivra son itinéraire en Angola et en Guinée équatoriale jusqu'au 23 avril.







