Un vent de révolte souffle sur l'univers du mannequinat. Six anciennes mannequins, majoritairement américaines, ont décidé de sortir du silence en portant plainte devant un juge d’instruction à Paris contre Gérald Marie, ex-patron de l'agence Elite Europe. Cette démarche, qui vise à faire éclater la vérité sur des agressions présumées commises entre les années 1980 et 1990, a été relayée par Le Monde.
Les plaignantes, qui souhaitent voir leurs voix entendues, dénoncent des actes de « viol et traite d’êtres humains », marquant une nouvelle étape dans un combat pourtant déjà éprouvant. Leur avocat, Mathias Darmon, a fourni des documents juridiques en lien avec une procédure collective qui reflète un désir collectif de justice, suite à des accusations précédemment classées sans suite.
Une dynamique de terreur
Ce mouvement a été impulsé par Carré Otis, une ancienne mannequin qui, malgré la prescription des faits en ce qui la concerne, a initié une plainte en juin dernier pour encourager d'autres victimes présumées à se manifester. Les témoignages des plaignantes, qui se situent sur une période de quinze ans, dessinent un tableau alarmant d'un système d'emprise, où de jeunes femmes étrangères, souvent mineures, arrivaient à Paris avec l'espoir d'une carrière mais se retrouvaient piégées.
Dans le milieu, Gérald Marie exerçait un contrôle presque total, et les témoignages font état de pratiques inacceptables, allant de dîners avec des hommes influents à des rendez-vous compromettants à son domicile. Les femmes, alors vulnérables, décrivent une atmosphère où les dérives étaient banalisées.
Des violences insoupçonnées
Les récits évoquent des actes de violence choquants, incluant des viols à mains armées. Une plaignante a partagé une expérience terrifiante dans le célèbre club des Bains Douches, où elle a perdu connaissance après un bon verre d'eau. Homayra Sellier, présidente de l’association Innocence en Danger, souligne que ces victimes ont longtemps gardé le silence, paralysées par la peur.
La défense en déni
La réponse de la défense de Gérald Marie reste ferme. L’avocate, Céline Bekerman, a vigoureusement rejeté toutes les accusations, affirmant que son client n’avait entretenu que des relations consensuelles avec des adultes. Elle prédit que la question de la prescription des faits sera centrale dans les délibérations du juge d’instruction.
Cette affaire souligne une problématique plus large dans le secteur de la mode, où des comportements inappropriés ont trop souvent été passés sous silence. L'issue de cette plainte pourrait ouvrir la voie à un changement nécessaire dans l'industrie.







