Le paysage politique danois est en pleine effervescence. Mette Frederiksen, Première ministre en place depuis 2019, a remporté les élections législatives, mais sans majorité claire. Les sociaux-démocrates ont enregistré leur plus faible score depuis 1903, avec seulement 21,9% des voix.
Avec pour tâche de former un nouveau gouvernement, Frederiksen espérait probablement un résultat plus convaincant, surtout après une remontée de sa popularité ces dernières semaines, liée en partie à sa position ferme vis-à-vis des États-Unis concernant le Groenland. Elle avait promis lors de sa campagne de rétablir l'impôt sur la fortune, une mesure désormais au cœur des débats.
Cette initiative vise à imposer un taux de 0,5% sur les patrimoines dépassant 25 millions de couronnes danoises, soit environ 3,5 millions d'euros. Selon les estimations, cela pourrait toucher 20 000 Danois et générer autour de 6 milliards de couronnes, soit 800 millions d'euros, pour financer des réformes éducatives.
Des inégalités de plus en plus visibles
L'impôt sur la fortune représenterait un retour en arrière pour le Danemark, qui avait abandonné cette taxe en 1997. Cependant, sa nécessité est renforcée par une augmentation des inégalités, bien que le pays reste globalement plus égalitaire que d'autres. L'indice de Gini, qui mesure les inégalités de revenus, a montré une hausse significative ces vingt dernières années, exacerbée par les hausses des prix immobiliers et les performances de géants économiques familiaux, comme le souligne Bloomberg.
Cependant, cette tentative de corriger les inégalités est fortement contestée. Des chefs d'entreprises danois, tels que Niels Christiansen de Lego, jugent cette mesure dangereuse et prédisent une baisse de la création d'emplois et des recettes fiscales. D'autres dirigeants, comme Kim Fausing de Danfoss, mettent en avant une approche plus axée sur la croissance économique plutôt que sur la redistribution des richesses.
Une émigration des plus fortunés en perspective
La crainte d'un exode des riches danois est bien fondée. Actuellement, onze des 100 familles les plus riches du Danemark résident déjà à l'étranger, un phénomène mis en lumière par le rapport du Danish Economic Weekly. La pression fiscale actuelle du Danemark, déjà la plus élevée de l'OCDE, pourrait inciter davantage de familles à céder à la tentation de l'exil.
Les initiatives fiscales de Frederiksen font également écho à des préoccupations similaires en Norvège, où une hausse des impôts sur les plus riches a récemment entraîné un départ massif de contribuables fortunés, principalement pour la Suisse. Dans le cadre de ces discussions, Berlingske cite Jørgen Rønning Pedersen de PwC, qui rapporte des demandes d'information constantes de chefs d'entreprise cherchant à évaluer leurs options à l'étranger.
"Cela a suscité des réflexions chez certaines personnes qui, autrement, n'y auraient pas pensé. Il faut bien l'admettre", souligne Rønning Pedersen.
Si l'impôt sur la fortune est réinstauré au Danemark, le pays rejoindrait un petit groupe au sein de l'OCDE, comprenant l'Espagne, la Norvège et la Suisse, qui appliquent encore ce type de taxe. Alors que la plupart des pays ont abandonné cet impôt dans les années 1980, le défi reste de taille pour la Première ministre danoise et son avenir politique.







