La pratique de réduire les quantités dans les emballages tout en maintenant les prix a été dénoncée par l'association Foodwatch, qui souligne le manque de transparence de ces procédés. Selon certains experts, cette situation a été facilitée par l'abolition de normes de conditionnement en 2009.
Il suffit de quelques grammes en moins ou de décilitres évaporés pour que les prix restent inchangés, tandis que le coût au kilo ou au litre augmente. Foodwatch, qui œuvre pour la transparence dans le secteur agroalimentaire, met en lumière les pratiques de plusieurs entreprises qui ont manipulé les quantités pour dissimuler la hausse des prix, un phénomène que les spécialistes appellent "shrinkflation", ou "réduflation" pour ceux qui préfèrent le terme francophone.
Les marques épinglées par Foodwatch
Foodwatch a identifié plusieurs marques impliquées dans cette "inflation masquée". Parmi elles, le fromage Kiri du groupe Bel a vu ses portions passer de 20 à 18 g en 2021, un sirop de grenadine Teisseire est passé de 75 à 60 cl en 2020, et un pot de margarine St Hubert Omega 3 a perdu 4 % de son poids, tombant à 230 grammes.
- Fromage Kiri : portions réduites de 20 à 18 g.
- Sirop Teisseire : volume réduit de 75 à 60 cl.
- Margarine St Hubert : poids réduit de 240 à 230 g.
Justifications industrielles et manque de transparence
Pour les industriels, ces changements sont justifiés par la nécessité de faire face à la volatilité des coûts. Par exemple, Lindt France a évoqué une augmentation des prix au kilogramme qui reflète une hausse des coûts d'opération. Le groupe Bel affirme que le fromage Kiri est désormais fabriqué sans additifs et nécessite des investissements importants.
Cependant, Foodwatch souligne que "l'opacité" de ces changements nuit aux consommateurs, qui manquent d'informations sur les hausses de prix souvent invisibles. Un avocat spécialisé rappelle que, bien que les industriels soient libres de modifier les quantités, ils doivent mentionner ces variations sur les emballages afin de ne pas tromper le consommateur.
Un cadre législatif en évolution
La ministre déléguée au commerce, Olivia Grégoire, a récemment demandé à la DGCCRF de mener des contrôles pour surveiller d'éventuelles pratiques commerciales trompeuses. Elle met en garde contre les stratégies de modification des formats de produits en période d'inflation.
Olivier Dauvers, spécialiste de la distribution, rappelle que cette pratique a été facilité par une directive européenne introduite en 2009, qui a supprimé les obligations de formats pour de nombreux produits. Cette déréglementation pourrait encourager les fabricants à réduire discrètement les formats sans ajuster les prix, un stratagème vieux comme le commerce.
Les consommateurs doivent donc rester vigilants et se fier aux indications de prix au kilo ou au litre, qui doivent être visibles sur les rayons pour guider leur choix, même si parfois ces indications sont affichées en petites tailles.







