Selon une analyse récente de l’Insee publiée en mai, 13 % de la population française, soit environ 8,6 millions de personnes, se trouve en situation de privation matérielle et sociale. Cette situation est caractérisée par des difficultés financières qui empêchent les individus d’accéder à des normes de consommation ou de confort reconnues.
Il s'agit, par exemple, de ne pas posséder une voiture personnelle, de ne pas pouvoir maintenir une température adéquate dans son logement, de faire face à des dépenses imprévues ou même de s'offrir une semaine de vacances. Pour établir ce taux de privation, l’Insee interroge la population sur une liste de 13 questions, qualifiant de privation matérielle et sociale une personne qui répond "oui" à au moins 5 de ces interrogations.
Définition de la privation matérielle et sociale
La privation matérielle et sociale a été adoptée par l'Union européenne en mars 2017 comme un indicateur pour mieux appréhender la pauvreté et l'exclusion sociale. Contrairement à la simple mesure de la pauvreté économique, qui se concentre sur les revenus, cet indicateur permet d’évaluer les répercussions concrètes de la précarité financière sur les conditions de vie.
Une personne est considérée comme en situation de privation matérielle et sociale si elle vit dans un logement ordinaire et ne peut faire face à au moins 5 des 13 dépenses jugées essentielles pour assurer un niveau de vie décent. La privation est qualifiée de sévère lorsque les individus ne peuvent répondre à 7 d'entre elles.
Notons que l’Insee distingue clairement entre ceux qui sont dans l’impossibilité d’acheter un bien ou un service pour des raisons financières et ceux qui, par choix, ne le font pas.
Les principales privations identifiées
Voici une liste des 13 privations citées lors du sondage :
- Absence de voiture personnelle ;
- Incapacité à maintenir son logement à température convenable ;
- Impossibilité de remplacer des meubles usés ;
- Avoir des impayés de loyers ou factures ;
- Ne pas pouvoir dépenser une petite somme sans approbation ;
- Difficulté à faire face à des dépenses imprévues ;
- Absence d'accès à Internet ;
- Incapacité à rencontrer des amis ou famille régulièrement ;
- Manque d'activité de loisirs ;
- Incapacité à prendre des vacances ;
- Pas deux paires de bonnes chaussures ;
- Manque de repas contenant des protéines ;
- Ne pas pouvoir acheter de vêtements neufs.
Selon les données de 2024, 28,5 % des sondés ne peuvent faire face à une dépense imprévue de 1 000 euros. Suivent ceux qui ne peuvent pas se payer une semaine de vacances (21,2 %) ou remplacer des meubles usés (17,8 %).
Profil des personnes touchées par la précarité
La même étude révèle que 13 % de la population française souffre de cette précarité, avec 6 % confrontés à des privations sévères. Les personnes sans emploi sont les plus affectées, avec 35 % indiquant rencontrer des difficultés matérielles.
Parmi les salariés, 16 % des ouvriers sont concernés, comparé à seulement 1,2 % des cadres. Les familles monoparentales sont particulièrement touchées, avec presque 27 % d'entre elles en situation de privation. À l'opposé, les couples sans enfants affichent un taux de 6,4 %.
Enfin, la situation est plus préoccupante chez les locataires du parc social, où près de 31,2 % vivent des difficultés financières, par rapport aux propriétaires de logement ou à ceux logés gratuitement, dont la proportion ne dépasse pas 5,3 %.







