"J'ai toujours su que je souhaitais avoir un enfant seule", confie Océane, une jeune femme de 24 ans vivant près de Toulouse. À 21 ans, elle s'inscrit dans un centre d'Aide médicale à la procréation (AMP) pour réaliser une PMA solo.
"Je désire être mère depuis l'âge de 16 ans, et mon travail en tant qu'assistante maternelle me rapproche de cette envie", explique-t-elle. Pour elle, l'idée de fonder une famille dans une relation de couple n'a jamais eu de sens. "Peut-être en raison du modèle que ma mère m'a transmis", ajoute-t-elle.
Aujourd'hui, Océane a attendu un an pour recevoir un don de spermatozoïdes et après deux inséminations infructueuses, elle reste déterminée à réaliser son rêve de maternité.
"Je veux un enfant mais pas une vie de couple. La PMA m'a permis de dissocier maternité et couple, un véritable tournant pour moi", explique-t-elle.
Du "plan B" au "plan A"
Avec l'accès à la PMA pour les femmes seules depuis 2021, de nombreuses idées préconçues s'effacent, selon Anne Le Bris, sociologue à l'université de Rennes 2. Jadis caractérisés comme des "plans B" pour des femmes en quête de maternité plus âgées, ces projets sont devenus des "plans A" pour les plus jeunes. "Elles ont clairement séparé maternité et relation amoureuse", indique-t-elle.
Bien que les moins de 25 ans restent minoritaires dans ce parcours, le phénomène prend de l'ampleur. Mikaël Agopiantz, président de l'Association nationale pour le don d'engendrement, souligne que le profil des femmes en PMA solo a considérablement changé, les patientes étant souvent âgées de plus de 35 ans.
Des études menées par l'Institut national d'études démographiques (INED) révèlent que les femmes optant pour la PMA vont souvent explorer plusieurs alternatives, telles que la coparentalité ou l'adoption, avant de choisir cette voie qui offre une sécurité et un encadrement.
Un désir de maternité intense
Mélissa, assistante de direction à Perpignan, s'est également rapidement dirigée vers la PMA solo. "Dès mon adolescence, j'ai voulu être mère", explique-t-elle. Après avoir quitté une relation sans amour, elle a testé des inséminations avec des donneurs. À seulement 23 ans, elle s'apprête à accueillir son fils, convaincue que la maternité célibataire lui permet de vivre sa parentalité sans contrainte.
Elle estime même que la cohabitation avec un partenaire impliquerait des charges supplémentaires, allant jusqu'à dire : "Pourquoi s'embarrasser avec quelqu'un?"
Les défis des mamans solos jeunes
Malgré une forte conviction dans leurs choix, ces jeunes femmes font parfois face à des jugements. Mélissa confie avoir été perçue comme immature, voire irresponsable par certains membres de sa famille. En plus, elles rencontrent parfois des réticences dans certains centres de PMA, par exemple, Chloé, qui a dû faire face à l'incompréhension des professionnels de santé. "Je n'ai pas été prise au sérieux, à cause de mon jeune âge", déclare-t-elle.
Face à ces obstacles, l'association Mam'en solo dénonce des pratiques discriminatoires dans l'accès à la PMA, recommandant un respect rigoureux des droits des femmes. Cela dit, l'accès à la PMA solo est un pas avancé dans la reconnaissance des choix reproductifs des femmes.
Des choix audacieux dans un monde en évolution
La loi de 2021 a permis une meilleure institutionnalisation de la PMA pour toutes les femmes. Selon Anne Le Bris, cette évolution ne fait que refléter un phénomène sociétal plus large : les femmes développent des exigences accrues envers leurs partenaires, tandis que certains hommes semblent désalignés avec ces attentes.
En définitive, la quête de maternité en solo s'inscrit dans un changement radical des normes sociétales, où l'autonomie et la volonté de choisir sa propre voie prennent une place prépondérante.
Mélissa résume ainsi cette réalité : "Tout le monde admire celles qui ont le courage de faire un enfant seule, mais penser que c'est plus risqué d'agir avec un partenaire me semble encore plus audacieux."







